Frédéric Blanchette signe la traduction et la mise en scène de la pièce Quand la pluie s’arrêtera.

Quand la pluie s’arrêtera: de déclin et d’espoir

L’année 2018 commence au Trident dans un parfum d’apocalypse avec Quand la pluie s’arrêtera de l’Australien Andrew Bovell. Dans cette fresque familiale sur fond de changements climatiques, la fin semble proche. Mais l’espoir lui, n’est pas encore éteint, promet Frédéric Blanchette, qui en signe la traduction et la mise en scène.

Dans cette saga déployée entre 1959 et 2039, Andrew Bovell, qui a notamment coscénarisé le film Strictly Ballroom de Baz Luhrmann, dresse un sombre constat sur l’état de la planète. Mais il n’entre pas dans le sujet avec ses gros sabots. C’est justement ce qui a poussé Frédéric Blanchette à plonger dans cet ambitieux projet, porté par une dizaine d’acteurs. 

«C’est la première grande pièce environnementale que j’ai lue. Je trouve qu’on y parle d’environnement, mais sans en faire une conférence, sans être moraliste», détaille le traducteur et metteur en scène.

«Dans cette pièce, il y a des pères absents, des mères qui ne voulaient pas être mère, reprend-il. Il y a des gens qui quittent, des gens qui font des choses abominables à la génération qui les suit. Et tout ça, dans la pensée de l’auteur, ce sont des métaphores de climat et d’environnement. C’est de dire : “dans quel état on laisse la planète qu’on a habitée et qu’est-ce qu’on donne à ceux qui nous suivent?”»

Sans être au cœur de cette histoire de famille éclatée entre l’Angleterre et l’Australie, la question climatique est partout, en toile de fond. Dans cette pluie incessante qui malmène les personnages ou dans cette expression — «T’sé, il y a des gens qui se noient au Bangladesh, on devrait pas trop se plaindre» — qui se concrétise au fil du temps. «C’est un patois qui devient une réalité… Il vente à écorner les bœufs, peut-être qu’un jour, ça va arriver», image Frédéric Blanchette. 

Alors que les mêmes comportements se reproduisent sur quatre générations, la nature, elle, se transforme. Jusqu’à placer les personnages en terrain étrange, hostile. Comme ce poisson qui atterrit en plein désert australien ou cette neige qui se met à tomber sur le mythique rocher d’Uluru. «Bovell nous place dans un monde où ce qu’on pense être béton n’est plus sûr, évoque Frédéric Blanchette. Ce qu’on pense immuable est en train de bouger. “Après la pluie, le beau temps”, ça ne tient plus. On peut rester sur le bord de la mer et soudainement, le bord de la mer n’est plus où on pensait parce que l’eau a monté. C’est un monde où tout est en mouvance et où on ne peut plus être sûr de rien. Ça fait que ces affaires magiques-là, j’y crois. En 2039, peut-être que ça se peut.»

Actualité

Écrite il y a 10 ans, Quand la pluie s’arrêtera ne pourrait être plus d’actualité en cette époque de dérèglements météo et de climatoscepticisme. Sa présentation à Montréal il y a quelques mois en a offert un rappel criant au metteur en scène. «Quand on a créé la pièce en septembre dernier, c’est fou le nombre de coïncidences extrêmement malheureuses qui se produisaient, raconte-t-il. La semaine de la première, j’ai eu peur que les gens pensent qu’en faisant l’adaptation, j’avais changé le texte. Il y avait des ouragans dans les Caraïbes comme on parle dans la pièce. Il y avait des inondations au Bangladesh comme dans le spectacle. Il y avait plein de choses dans l’actualité de cette semaine-là qu’on disait sur scène.»


C’est un monde où tout est en mouvance et où on ne peut plus être sûr de rien.
Le metteur en scène Frédéric Blanchette

Qu’il soit humain ou climatique, le portrait dépeint dans Quand la pluie s’arrêtera peut paraître dur. «Mais la pièce me laisse sur un espoir», nuance Frédéric Blanchette, mettant en exergue cette demande de pardon d’un père à son fils. 

«Sans demande de pardon, il n’y a pas d’aveu de tort, estime-t-il. Tant qu’on va se dire : “ce n’est pas nous qui faisons du tort à la planète, ce sont les Américains ou les Chinois ou les Indiens”, rien ne va bouger. […] Pour que ça change, il faut au moins être capable de dire : “ça, ç’a fait du tort”. Pas en se flagellant, mais en arrêtant de faire semblant que le problème n’est pas là. À partir de là, on peut commencer à penser autrement. Il y a une lueur d’espoir. Mais tant qu’on n’est pas dans la demande de pardon, rien ne va se passer. Et ça, c’est au niveau de l’environnement, mais aussi pour plein d’affaires…»

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Quoi: Quand la pluie s’arrêtera
  • Quand: du 16 janvier au 10 février
  • : Grand Théâtre (salle Octave-Crémazie)
  • Billets: 45 $
  • Info.: www.letrident.com


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