Jim, joué par Robin-Joël Cool, montre à Annabelle, jouée par Diane Lavallée, comment utiliser des expressions assez salées pour s'exprimer.

Programme double écossais à la sauce québécoise à Carleton

Les Productions à tour de rôle, le théâtre professionnel de Carleton, en Gaspésie, donne de nouveau dans l'originalité cet été en présentant un programme double, La bienheureuse, et Une veuve respectable s'initie à la vulgarité, deux oeuvres aux origines écossaises, mais adaptées à la langue québécoise.
Les deux pièces sont présentées sans entracte, un défi si l'on considère que l'action se passe dans les deux cas dans des décors différents, à une époque pouvant différer et que l'un des comédiens, Robin-Joël Cool, joue dans les deux oeuvres.
La transition d'une pièce à l'autre démontre une belle imagination de la part de l'équipe de production. Le metteur en scène et directeur artistique des productions À tour de rôle, Dany Michaud, est satisfait de ce résultat, mais aussi de biens d'autres éléments du programme double.
«Il y a d'abord la qualité des textes, et la qualité des acteurs, Diane Lavallée, Viviane Audet et Robin-Joël Cool [...] Nous avons deux petits bijoux de courtes pièces, portant sur les difficultés de communication entre les humains. Ces textes s'adaptent très bien à la réalité québécoise, même si les références géographiques continuent d'être écossaises. J'ai essayé de garder le rythme des pièces originales. J'aime ça quand ça bouge et c'est ce qui se passe, dans ces deux face-à-face. Il y a beaucoup de trois petits points, de sous-entendus, de non-dits», aborde Dany Michaud.
La bienheureuse a été écrite par un Irlandais, au nom prédestiné de David Ireland, auteur formé en Écosse. Dans ce cas, la pièce a été traduite et adaptée par François Archambault. Elle raconte l'histoire de Marie, à l'aube de la quarantaine, qui sent son horloge biologique lui suggérer que c'est le temps d'avoir un enfant.
Au lendemain de sa première et dernière nuit avec Mike, obsédé de son côté par un déjeuner au poulet frit, Marie, parfois frappée d'épisodes névrotiques, tente d'entamer un dialogue sur sa vision de leur «couple». Ce dialogue vire à l'improbable. Les échanges entre Viviane Audet, native de la communauté voisine de Maria, et Robin-Joël Cool, son conjoint dans la vraie vie, sont dynamiques et parfois hilarants, malgré la gravité des sujets abordés.
Une veuve respectable s'initie à la vulgarité
Dans Une veuve respectable s'initie à la vulgarité, Douglas Maxwell présente Annabelle, une femme d'âge mûr dont le conjoint, riche homme d'affaires, vient de mourir. Ce départ lui fait rencontrer Jim, un employé de son défunt mari qui la choque avec son langage cru et direct, langage notamment utilisé pour parler en bien de son ancien patron.
Mais Annabelle est plus que choquée par ce langage. «Elle aime la rugosité de la langue. Elle est plus sophistiquée, mais elle est fascinée par sa rencontre avec ce manoeuvre. Elle va chercher un Pygmalion. En un sens, elle dit à Jim: "Aide-moi à apprendre ce que je considère comme les mauvaises choses." Elle découvre que ce n'est pas parce que tu t'exprimes moins bien que tu ne peux exprimer quelque chose d'intelligible», analyse Diane Lavallée.
«Elle prend du galon, elle s'affirme, elle casse les moules. C'est une réflexion sur l'avenir. Elle a réussi à changer le premier [son défunt mari], qui parlait comme Jim avant. Elle l'a trop changé. Il en a perdu sa personnalité», renchérit Dany Michaud.
Maryse Warda a assuré la traduction et l'adaptation de la pièce de Maxwell. Viviane Audet, qui chante professionnellement en plus d'être comédienne, participe à la seconde pièce en prenant en charge la portion musicale, notamment au piano, à la mandoline et à la voix, tantôt cachée par le décor, tantôt sur la scène.
La pièce est présentée au Quai des arts de Carleton-sur-Mer, du mardi au vendredi, à 20 h 30, jusqu'au 11 août.