Avec <em>Peau de vache</em>, Stéphanie Pelletier met en lumière le mythique 5e Rang de Padoue, où elle vit.
Avec <em>Peau de vache</em>, Stéphanie Pelletier met en lumière le mythique 5e Rang de Padoue, où elle vit.

Peau de vache au Théâtre du Bic: L’allégorie du 5e Rang

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
RIMOUSKI — Un matin, Julie Gagné n’en peut plus. Elle décide de s’évaporer dans la nature pour ne plus jamais revenir vers son conjoint violent. Mais, comment disparaître quand on vit à Padoue et que le Patron des objets perdus, Saint-Antoine, la ramène toujours chez elle?

C’est ce que raconte la nouvelle création Peau de vache du Théâtre les gens d’en bas, présentée du 25 septembre au 3 octobre, au Théâtre du Bic à Rimouski. À la fois théâtral et cinématographique, le spectacle plonge dans l’imaginaire de Stéphanie Pelletier.

Seule sur scène, l’autrice, slameuse et conteuse sera entourée de personnages qui prendront vie autour d’elle grâce à des images vidéo tournées dans le village de Padoue et au Bic. La mise en scène et la réalisation sont signées Eudore Belzile qui, avec son équipe, a construit ce projet qui met en valeur des talents et des paysages bas-laurentiens.

Peau de vache est un conte que Stéphanie Pelletier avait écrit en 2015 pour le premier Cabaret des contes ruraux, qui avait été présenté au Théâtre du Bic, et qui mettait en scène cinq auteurs et interprètes. C’est à partir de ce conte qu’Eudore Belzile a eu envie de faire une nouvelle version mélangeant présence sur scène et vidéo. 

Violence conjugale

Ce conte est inspiré de deux faits divers. Truffé de bouffées comiques et brûlant d’actualité, le sujet tourne autour du cycle de la violence conjugale, du confinement et du déconfinement. Selon l’autrice, si le Théâtre les gens d’en bas a été séduit par cette histoire d’une femme qui est victime de violence et qui se déconfine, c’est parce que, pendant le confinement, il a été question des personnes qui étaient prisonnières des gens qui les oppriment. 

«C’est une histoire de déconfinement et d’évasion, décrit son autrice. C’est du réalisme fantastique. Ça mélange le réel, le très sérieux, le très dramatique. J’ai toujours trouvé que la vie était un peu drôle. Donc, c’est un mélange où je surfe entre l’humour et le drame.»


« C’est une histoire de déconfinement et d’évasion. C’est du réalisme fantastique. Ça mélange le réel, le très sérieux, le très dramatique. J’ai toujours trouvé que la vie était un peu drôle. Donc, c’est un mélange où je surfe entre l’humour et le drame »
Stéphanie Pelletier, autrice

L’allégorie trouve sa source dans l’univers de Stéphanie Pelletier. «J’habite le 5e Rang de Padoue, qui est une espèce de cul-de-sac qui ne mène pas vraiment à Padoue, raconte-t-elle. Chaque fois qu’un livreur vient ici, il se perd. Donc, j’ai pris un peu le pari de dire que le 5e de Padoue, c’est le seul endroit où on peut se perdre!» 

Sans vendre l’intrigue, on peut dire que c’est peut-être grâce à cet aspect que Julie va réussir à s’évader. Aussi, l’autrice n’a pu s’empêcher de parler de nature et de sauvagerie du territoire.

Comédie dramatique

Même si le spectacle contient des notes comiques, il ne s’agissait pas, pour Stéphanie Pelletier, de créer une comédie à partir d’un sujet aussi grave que la violence conjugale. «Quand j’écris des textes, j’ai toujours un pied dans l’humour. Il y a des moments très, très dramatiques dans l’histoire. Mais, même dans les pires drames, on trouve à rire. Il y a des trucs cocasses. Il y a quand même une joyeuse ironie, surtout dans la façon de traiter les personnages, entre autres celui de l’homme violent. 

«Il y a une tentative d’alléger les choses parce que si on y allait dans le très cru, ce serait plus loin de mon genre. C’est un drame, cette histoire-là. Mais, je ne peux pas m’empêcher de mettre une touche d’humour dans tout ce que je fais. C’est comme une nuance pour essayer d’atténuer la profondeur du drame parce que, sinon, ça peut devenir insoutenable.» D’ailleurs, dans les images qui ont été tournées avec la conteuse, Eudore Belzile et son équipe se sont amusés avec certains personnages, comme ceux des policiers. 

Pour Stéphanie Pelletier, il s’agit d’une comédie dramatique qui passe aussi par la poésie. «Mon travail est vraiment empreint de la nature, de tout ce qu’elle a de beau, de poétique, continue-t-elle. Il y a des bouts très terre à terre et il y a des bouts qui rajoutent un peu de magie à l’histoire.»

Outre le fait qu’elle ait été inspirée de deux faits divers, il n’en demeure pas moins que l’autrice a toujours été habitée par «le destin des femmes, par leur façon d’aborder les enjeux de leur vie, que ce soit hyper quotidien ou que ce soit plus difficile ou dramatique». 

En première partie du spectacle, Stéphanie Pelletier livrera un collage d’autres contes qui ont comme point central le mythique 5e Rang de Padoue. «J’interprète d’autres textes que j’ai déjà écrits et qui sont une belle mise en bouche pour la suite», promet-elle. Elle sera accompagnée sur scène au piano et à la voix par la musicienne Sylia Themens.