Paul Hébert en 2007, en compagnie du directeur des Petits Frères de Québec de l'époque, Éric Sedent.

Paul Hébert, attaché à son Thetford Mines natal

Enfant de Thetford Mines, Paul Hébert vouait une grande affection pour son patelin d'origine. «Il avait un attachement profond et sincère à sa région», souligne Yves Kirouac, président du théâtre baptisé en son nom en 2012. Fier du geste, le disparu s'était autoproclamé, lors de son inauguration, «grand-père du plus beau petit théâtre du Québec».
M. Kirouac se souvient de sa première visite. Jusqu'alors, Paul Hébert n'avait vu de l'endroit que quelques photos. «Il s'était appuyé les deux bras sur la garde et était resté un moment sans dire un mot, puis s'était écrié : Denise! Denise! (Denise Roy, sa conjointe), viens voir, c'est un théâtre, un vrai...»
Que le studio-théâtre de 145 places, établi sur la rue Saint-Alphonse, regroupe essentiellement, faute de moyens, que des acteurs amateurs, dont la troupe Les Cabotins, Paul Hébert n'en avait cure. Pour lui, seule la passion mise à diffuser la parole du théâtre comptait.
«Quand on lui a expliqué notre projet, il a dit oui tout de suite. C'était un honneur. Sa fierté était d'autant plus grande qu'il s'agissait d'une concertation de la communauté. Il reconnaissait les efforts qu'on faisait pour réussir. Il a été d'une générosité extraordinaire, même si nous étions des amateurs. Il pardonnait nos gaucheries et notre ignorance.»
Depuis son ouverture, le théâtre Paul-Hébert a attiré quelque 45 000 spectateurs. Trois ou quatre pièces sont présentées chaque année.
Sous le signe du partage
Lors du centenaire de Thetford Mines, Les Cabotins avaient monté Charbonneau et le chef, qui portait sur la grève des travailleurs de l'amiante à Asbestos, sous le gouvernement Duplessis, une pièce dont Hébert lui-même avait déjà assuré la mise en scène.
«À notre demande, il était venu nous en entretenir pendant une demi-journée. Je peux vous dire qu'on aurait pu entendre voler une mouche dans la salle. Quand il parlait, il n'y avait pas de facéties, ça venait du coeur. C'était sous le signe du partage.
«Il a toujours été très généreux avec nous. Il ne cherchait pas la notoriété. C'était quelqu'un de très humble, il adressait la parole à tout le monde» poursuit M. Kirouac, qui n'a jamais eu la chance de voir le disparu sur les planches. «Avec la carrière qu'il a connue, il aurait pu se péter les bretelles.»
«C'était une source d'inspiration, quelqu'un de tellement authentique qui avait la foi dans le théâtre. On perd un géant, vraiment», conclut M. Kirouac.
Paul Hébert a laissé un souvenir marquant chez les Petits Frères, comme en a témoigné Pascal Fournier, le directeur de la succursale de Québec. En guise de reconnaissance, l'organisme a donné à son quartier général de la rue Chabot le nom du célèbre acteur.
Les Petits Frères, l'engagement d'une vie
Associé depuis une vingtaine d'années aux Petits Frères, un organisme qui vise à briser la solitude et l'isolement des personnes âgées, Paul Hébert avait fait de cette cause l'engagement d'une vie. En guise de reconnaissance, le quartier général de l'association, rue Chabot, à Québec, porte son nom depuis 2007.
C'est à la fin des années 90, à la demande des regrettés comédiens Jean Besré et Juliette Huot, que Paul Hébert avait décidé de s'impliquer avec Les Petits Frères, fondé au Québec il y a 55 ans. À Québec, l'organisme fête cette année son 30e anniversaire.
Le disparu a laissé un souvenir marquant chez Les Petits Frères, comme en témoigne le directeur de la succursale de la capitale, Pascal Fournier. «Il participait le plus souvent possible aux activités. Le 24 décembre, il venait partager un repas avec les gens âgés. Pour eux, Paul, c'était l'idole de leur génération.
«Il était très soucieux des aînés qui vivent de l'isolement, poursuit-il. Il leur manifestait un amour inconditionnel et leur donnait une très grande écoute. Il avait toujours une place pour l'autre dans sa vie. [...] C'était un homme d'une grande délicatesse et d'une grande ouverture, humble, posé et calme. Il savait être fougueux aussi, car c'était un passionné.»
M. Fournier se souvient que le disparu en «a bravé des tempêtes», l'hiver, pour venir rendre visite à ses vieux amis. «Rien ne l'arrêtait», glisse-t-il. «De sa voix majestueuse», l'homme de théâtre en profitait pour leur lire quelques grandes oeuvres de la littérature. «Sur son lit d'hôpital, il parlait encore de Molière. Malheureusement, le rideau vient de tomber.