Pascale Renaud-Hebert signe le texte de «Hope Town», dans laquelle elle interprète aussi un rôle.

Pascale Renaud-Hébert: le dilemme de la disparition

Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à quitter ses proches pour ne jamais donner de nouvelles? Se disant fascinée par les histoires de disparition, l’auteure et comédienne Pascale Renaud-Hébert a mis cette interrogation au cœur de sa pièce «Hope Town», qui s’installe à La Bordée dès le 29 octobre.

«C’est comme une affaire qui m’obsède, confirme-t-elle. Il y a toute la question de : qu’est-ce qui est arrivé. Parce que c’est ça le drame des familles et des proches des personnes disparues. Ils ne savent pas, ils ne savent jamais, il n’y a pas de deuil qui peut être fait.»

Pascale Renaud-Hébert cite l’expérience d’une amie qui travaillait à la chaîne télé Avis de recherche, où défilent les profils de personnes manquant à l’appel.

«À un moment donné, un gars a téléphoné et a dit à la réceptionniste : “là, vous allez arrêter de diffuser ma photo. Je ne suis pas disparu, je suis parti et je ne veux jamais que ma famille me retrouve”, raconte-t-elle. Ça m’a amenée à me questionner sur l’amour filial, sur les liens qu’on crée. Il y a des gens qui ne sont pas bien dans leur famille, mais c’est tellement fort cette valeur-là et ce lien filial qui est comme indiscutable. Je me disais : “qu’est-ce qui arrive si ça ne passe pas?” Mais je ne voulais pas non plus écrire une affaire où il y aurait eu un drame important qui aurait fait que le personnage est juste parti. Pour moi, le dilemme moral était plus intéressant dans ce cas-là.»

Dans sa pièce Hope Town, mise en scène par Marie-Hélène Gendreau, Pascale Renaud-Hébert campe une jeune femme qui retrouve par hasard son frère disparu depuis cinq ans dans un restaurant Subway de la Gaspésie. Il a quitté la maison à 16 ans sans regarder en arrière, elle va chercher à comprendre pourquoi. Olivier Arteau lui donne la réplique. Et c’est un peu à lui qu’on doit la genèse de la pièce, qui trotte dans la tête de Pascale Renaud-Hébert depuis le Conservatoire.

«J’étais en troisième année quand il était en première année, relate-t-elle. Je l’avais vu faire une scène dans un cours et je l’avais trouvé tellement bon! J’ai eu un flash après ça où c’était juste deux personnes, un frère et une sœur, qui se retrouvent après un long moment d’absence. Et ça se passait dans un Subway.»

Le «flash» est devenu une scène de quelques minutes, puis un projet de spectacle complet après discussions avec l’auteur et metteur en scène Olivier Choinière lors d’un laboratoire estival au Centre des auteurs dramatiques. «Il m’a dit qu’il y avait quelque chose là», résume Pascale Renaud-Hébert, qui a pu, à l’invitation du directeur artistique Michel Nadeau, travailler en résidence à La Bordée pour concrétiser son projet.

«C’est le fun parce que ça fait de la place à la relève, observe-t-elle. Comme jeune artiste, c’est vraiment beaucoup de temps, d’énergie, d’implication. Et vraiment pas beaucoup de moyens. Avoir la chance de faire un show ici à La Bordée, c’est vraiment super.»

Liberté et fantasme
Comme auteure, comédienne et metteure en scène, Pascale Renaud-Hébert n’a pas chômé ces derniers temps. Après sa pièce Sauver des vies, d’abord présentée à Premier Acte puis reprise à La Bordée, elle a notamment participé à l’adaptation du texte d’Antigone mis en scène par Olivier Arteau au Trident. Sa prestation dans L’art de la chute, dans une mise en scène de Jean-Philippe Joubert, lui a valu le prix Nicky-Roy remis à un jeune talent prometteur. Elle s’est démarquée au petit écran en cosignant les textes de la série M’entends-tu à Télé-Québec. Elle se garde en forme comme improvisatrice au sein de la LNI et agit à titre d’adjointe à la direction artistique à La Licorne, à Montréal. On la reverra aussi au Périscope en janvier dans Pour qu’il y ait un début à votre langue de Steve Gagnon.

Dans Hope Town, il y a pour Pascale Renaud-Hébert une mise en exergue de la liberté adolescente. «Je trouve qu’en vieillissant, on est de moins en moins connecté à notre instinct, avance-t-elle. C’est une affaire qui m’habite beaucoup. On est dans des codes. On répond à ce qu’on attend de nous. Plus on vieillit, plus ça devient dur de juste se connecter à notre instinct, tandis que l’adolescence, c’est une période instinctive. Tu es frustré? Tu gueules. Tu as faim? Tu manges n’importe quoi. Tu réponds à ton besoin immédiat. C’est une période de permission.»

L’auteure y voit aussi un désir lié à la fuite, à l’évasion. «C’est une permission de juste disparaître, reprend-elle. C’est de se dire : “sérieux, je pourrais juste sortir de l’argent et m’en aller”. C’est le fantasme de recommencer à neuf. Ça aussi c’est une chose qui existe. Mais ça reste dans l’idée du fantasme parce qu’on est des gens civilisés, qu’on a des liens et tout ça. Mais l’adolescence est une période qui permet ça.» Quitte à blesser son entourage et provoquer des conséquences troublantes. Et ça, Pascale Renaud-Hébert ne le nie pas.

«Tout ce qu’il laisse à sa famille, c’est de la marde, on s’entend, nuance-t-elle. Mais en même temps, pour exister, il avait besoin de s’en aller. Pour moi, c’est ce dilemme qui était le sujet.»

La pièce Hope Town est présentée à La Bordé du 29 octobre au 23 novembre. Le texte a été publié aux éditions L’Instant même.