Assis sur des chaises sur scène, les membres de la horde en noir deviennent des spectateurs attentifs à certains moments du spectacle.

«P.artition B.lanche»: un autre où se déposer

CRITIQUE / On reçoit «P.artition B.lanche» comme un film en Super-8, où l’on reconnaît des corps et des mouvements familiers, à travers des segments abîmés entourés de mystère. Les images se déposent, on sait que plusieurs resteront, resurgiront à un moment inattendu, et que d’autres se sont déjà évanouies, comme des ombres.

Harold Rhéaume et, aux lumières, Lucie Bazzo, ont orchestré tout un jeu d’apparitions et de disparitions grâce à des éclairages en clair-obscur; des noirs profonds qui avalent les corps et des douches de lumières vers lesquelles les visages et les mains se tendent. La scène baigne par moments dans la fumée. Le tout inspire l’austérité, la lourdeur, le cauchemar, mais les six danseurs qui se déplacent sur scène ne serrent jamais les dents ni les poings. Même dans les échanges les plus intenses, les étreintes les plus rudes, leur visage respire la résilience, l’écoute, l’accueil de l’autre. Le contraste est des plus étranges, et pourtant, ça fonctionne, nous sommes emportés par la chorégraphie ondulatoire qui s’est modulée au fil de nombreuses résidences devant public.

De l’autre côté du quatrième mur...

On sent, à un moment, que le corps d’Ariane Voineau se tend vers le public, presque pour l’amener sur scène. On pourrait croire que le battement de cœur que mime Arielle Warnke St-Pierre s’adresse à nous. Mais sinon, tout se joue de l’autre côté du quatrième mur. Ce sont les multiples tiraillements, enlacements, portés et roulades, qui nouent et dénouent les six danseurs avec d’infinies variations qui nous donnent l’impression de décoller de notre siège et de bouger avec eux. 

Jean-Francois Duke, qui effectue des glissements fulgurants à l’arrière et à l’avant-scène, donne l’impression de tracer l’aire de jeu, à contre-courant. Assis sur des chaises, les membres de la horde en noir deviennent des spectateurs attentifs lorsqu’un des leurs, isolé, s’élance dans un solo éloquent, urgent, désespéré. À d’autres moments, lors des duos surtout, on dirait que les chaises les propulsent tout en les ancrant au sol — un effet particulièrement marquant lors d’un échange entre Alan Lake et Fabien Piché.

Eve Rousseau-Cyr retient souvent notre attention. Dans ce microcosme humain, il y a une femme enceinte qui danse, sans compromis, qui s’élance avec une fougue sublime, qui est portée par les autres et les porte tour à tour.

Voir ces visages tendus vers l’autre, sans appréhension, et ces corps qui se retiennent, se propulsent et s’accueillent, malgré la complexité, la noirceur, les tiraillements, fait un bien fou. 

P.artition B.lanche sera à nouveau présenté mercredi et jeudi à 20h, au Théâtre de La Bordée.