La pièce «Manifeste de la Jeune-Fille» d'Olivier Choinière est un appel à aller plus loin que les clichés.

Olivier Choinière: incitation à l'indignation

De notre société envahie par la logique marchande, où chacun court après le bonheur et une façon de vivre en accord avec ses convictions les plus profondes, le metteur en scène Olivier Choinière a beaucoup à dire. Sa pièce «Manifeste de la Jeune-Fille» se veut le dépositaire de ses propres peurs face à ce système qui multiplie les discours déstabilisants.

«On est tous une jeune fille. Ça fait partie du mystère que propose la pièce», résume au bout du fil le dramaturge, au sujet du titre de sa création, dont la genèse remonte à la lecture d’un article d’une revue philosophique, Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille, il y a une vingtaine d’années. La jeune fille en question étant, de façon symbolique, «l’archétype qui représente la complexité du citoyen contemporain des années 2000».

Le metteur en scène montréalais a également trouvé de quoi alimenter sa réflexion dans les magazines féminins, illustration portée à son paroxysme du paraître, où la femme devient une image soumise à un bombardement de publicités.

«Cette jeune fille est un peu la figure de proue du capitalisme. Le discours [des magazines] s’accorde parfaitement avec la société de consommation. Mais plus la pièce avance, plus les discours deviennent plus personnels, plus complexes, plus crédibles. Les personnages cherchent une manière de s’incarner et de vivre qui sont davantage en accord avec leur confiance.»

Sept personnages

Sur scène, sept personnages, d’âges et d’horizons différents — Raymond Cloutier, Stéphane Crête, Muriel Dutil, Catherine Paquin-Béchard, Joanie Martel, Sébastien René et Isabelle Vincent — s’interrogent sur le sens à donner à leur vie, tiraillés qu’ils sont entre le boulot, la famille, les diktats de beauté, la quête de performance. En toile de fond, un appel à descendre dans la rue pour exprimer son ras-le-bol.

«Chaque personnage se présente au public comme s’il venait de trouver la vérité, la solution à tous ses problèmes, que ce soit la méditation ou le fait d’arrêter de consommer du lait», illustre le dramaturge de 45 ans. «Mais la pièce est un appel à aller plus loin que les clichés. On déplace un miroir jusqu’à ce que le spectateur se voit lui-même et en arrive à se concevoir lui-même comme une jeune fille, à se demander s’il doit se contenter des discours ambiants ou plutôt construire sa propre pensée critique.»

En somme, la pièce se veut une incitation à l’indignation, seule façon d’afficher sa liberté. «On se satisfait trop souvent des discours superficiels, de certains poncifs, de lieux communs, croit Olivier Choinière. La pièce passe au crible tous ces discours.»

Présentée pour la première fois l’an dernier, à Espace Go, à Montréal, Manifeste de la Jeune-Fille est la première création de la plate-forme L’Activité, fondée par Choinière, à partir en tournée. «Je suis content que la pièce puisse exister ailleurs que sur le territoire montréalais», explique le metteur en scène, dont la dernière présentation dans la capitale remonte à 2014, au Trident, avec Chante avec moi.

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• Quoi: Manifeste de la Jeune-Fille

• Quand: du 9 au 20 octobre

• Où: Théâtre Périscope

• Billets: 23$ (en prévente), 36$ (dès la première)

• Info: www.theatreperiscope.qc.ca