Le metteur en scène Olivier Arteau dans la cour intérieure du Conservatoire de musique, le seul lieu où il a pu prendre l’air dans le dernier mois.

Olivier Arteau: l’obsession qui nourrit

Un mois après s’être enfermé au Grand Théâtre pour mettre la dernière touche à sa mise en scène d’«Antigone», Olivier Arteau retrouvera ses pénates ce mardi, après la première représentation devant public. Libération? Plutôt un peu d’appréhension!

«On dirait que je suis plus angoissé de sortir que je l’étais de rentrer. Ça m’a mis dans des dispositions de travail qui sont exceptionnelles», résume le jeune homme de théâtre. Dans une volonté de s’immerger complètement dans son boulot — et de faire écho à l’expérience de l’héroïne de Sophocle, dont l’œuvre est revisitée au Trident dans un contexte futuriste et apocalyptique —, il n’a pas quitté l’enceinte de béton depuis 30 jours. Et le bilan qu’il dresse de son enfermement volontaire ne pourrait être plus positif.

«Comment comme artiste tu peux te sentir plus comblé? lance-t-il. Au-delà d’avoir accès à un grand plateau, c’est d’avoir cru que l’obsession pouvait être nourrissante. Que ce n’était pas un cliché. On peut jeter un sort sur ces gestes-là en trouvant les gens un peu extrêmes. Pour moi, ce côté excessif a été nécessaire. Sans ça, je n’aurais pas présenté l’œuvre de cette façon-là, avec ce feu-là. Et je pense que je n’aurais assurément pas contaminé les artistes de la même façon.»

Alarmiste

S’il a parfois souffert de son isolement, Olivier Arteau a eu beaucoup de temps pour réfléchir ces dernières semaines. Et de faire des liens. Le metteur en scène évoque notamment la jeune militante suédoise Greta Thunberg, dont la croisade environnementale a résonné dans sa propre vision d’Antigone, transposée dans un monde «qui allait peut-être être invivable pour les futures générations», selon sa description.

«C’est sûr que quand tu vois à 15 ans que tu évolues dans un monde en décomposition… laisse-t-il entendre. À un moment, elle a dit : “je ne veux plus de votre espoir, je veux que vous paniquiez”. Je me suis dit : “Ah! C’est peut-être pour ça qu’on fait de la tragédie”. Je ne pense pas que c’est défaitiste. C’est alarmiste. Je pense qu’on a été un peu allergique au “rentre-dedans”, ce qui a créé notre cynisme ambiant. Là, on est à une époque où on veut de l’espoir. Mais je pense que pour la plus jeune génération, c’est alarmant ce qui arrive. La tragédie existe pour ça. Le but de la tragédie, c’est la catharsis.»

Une catharsis venue avec son lot d’inconfort pour le metteur en scène confiné et ses interprètes, peut-on ajouter. «Le chœur est masqué, ils sont dans des vêtements de plastique, ils suent, ils trouvent ça extrêmement exigeant, cite Olivier Arteau. L’aliénation d’être pris dans ces costumes-là et ce décor-là est fidèle [au propos]. On n’aurait pas pu être alarmiste, parler d’environnement et de désobéissance sans être un peu dans un corps en souffrance. Autant je suis très empathique envers eux, autant il y a une partie de moi qui trouvait ça nécessaire qu’on soit dans une position d’inconfort pour le faire.»

Si son travail est connu des habitués de Premier Acte, Olivier Arteau est conscient qu’ils seront nombreux à le découvrir au Trident, notamment des spectateurs plus âgés. «Je sens qu’il va y avoir une rencontre de générations. C’est plutôt rare que quelqu’un de 27 ans vienne leur présenter sa vision du monde. C’est ce qui me touche dans ce que fait Greta Thunberg. Elle me secoue parce qu’elle dit ça à cet âge-là», détaille celui qui a aussi hâte de voir la réaction des groupes scolaires : «je suis pile au centre de ces deux générations», observe-t-il.

Signée par Pascale Renaud-Hébert, Rébecca Déraspe et Annick Lefebvre et mise en scène par Olivier Arteau, la relecture d’Antigone de Sophocle est présentée au Trident jusqu’au 30 mars.