Mustapha Aramis avoue que le thème de l’immigration d’Une bête sur la Lune le touche particulièrement, lui dont les parents ont fui la guerre d’Algérie quand il avait 11 ans.

Mustapha Aramis au cœur de l’exil arménien

Né en Algérie et arrivé au Québec à l’orée de l’adolescence, Mustapha Aramis avoue que la pièce Une bête sur la Lune, qu’il défendra à compter de mercredi sur les planches de La Bordée, lui «parle énormément» en raison de ses échos avec les thèmes de l’immigration et de la difficulté pour un étranger de se construire une nouvelle vie.

Le comédien de 32 ans, connu des habitués du téléroman L’heure bleue, franchira une nouvelle étape de sa jeune carrière en épousant le rôle d’Aram Tomasian, un survivant du génocide arménien qui, dans les États-Unis des années 20, cherche à fonder une famille avec Seta (Ariane Bellavance-Fafard), pour remplacer celle qu’il a perdue. Elle aussi orpheline arménienne, la jeune femme a été choisie sur photo, parmi une trentaine de conjointes potentielles.

«C’est un personnage qui possède une grande force, mais également une énorme faiblesse. Il a une trajectoire très claire dans sa tête sur la façon de survivre et de continuer à vivre après la tragédie, mais il tente de faire concorder ses rêves avec une femme qui ne fitte peut-être pas dans le plan qu’il avait imaginé», explique-t-il en entrevue au Soleil, au sujet de cette pièce écrite par l’Américain Richard Kalinoski, lauréate de cinq prix Molière lors de sa présentation à Paris, en 2001.

L’adaptation et la mise en scène à La Bordée ont été confiées à Amélie Bergeron. C’est d’ailleurs elle qui a contacté le comédien pour lui offrir de passer une audition. «Je ne connaissais pas du tout la pièce. Michel Nadeau [le directeur artistique de La Bordée] avait été beaucoup touché quand il l’avait vue en France.»

L’Amérique avec un grand A

Mustapha Aramis avait 11 ans quand il est débarqué à Montréal, en 1996, avec ses parents qui fuyaient la guerre civile algérienne. «Ça chatouillait depuis longtemps mon père de quitter l’Algérie. Il ne pouvait pas rester s’il voulait un avenir pour sa famille. […] Je crois qu’il a choisi le Canada, plutôt que la France, parce qu’il y avait quelque chose avec l’Amérique avec un grand A qui lui parlait.»

Le jeune comédien est venu habiter quelques années à Québec, le temps d’être promu du Conservatoire d’art dramatique en 2014. L’idée de le voir épouser la carrière de comédien n’a pas séduit immédiatement son père, qui craignait l’insécurité financière pour son fils. «Il me disait : “T’es sûr que tu ne veux pas faire l’École d’humour? Tu peux faire la piastre à faire de l’humour”», mentionne celui qui a toujours adoré «faire rire».

De fil en aiguille, le jeune Mustapha a réussi à tirer son épingle du jeu. Sa participation à la pièce Jeux de cartes 2 : Cœur, de Robert Lepage, qu’il a jouée cinq fois au Danemark en remplacement d’un comédien, lui a permis de mettre le pied à l’étrier.

Le grand public a ensuite pu le découvrir dans Blue Moon, District 31 et surtout L’heure bleue, «un gros morceau» dont il commencera le tournage de la troisième saison en avril. «Je croise les doigts pour la suite des choses car c’est d’une précarité incroyable comme métier.»

S’il est une chose que Mustapha Aramis souhaite que les spectateurs retiennent d’Une bête sur la Lune, à une époque où l’immigration est perçue comme une menace dans plusieurs pays occidentaux, c’est l’importance de faire preuve d’ouverture.

«Il faut se garder une porte ouverte, ne serait-ce que pour se laisser surprendre par l’avenir. S’ouvrir, c’est comprendre.»

Une bête sur la Lune est à l’affiche à La Bordée du 27 février au 24 mars.