David Boutin joue le rôle d’un jeune papa d’un bébé de cinq mois, qui l’a échappé, un peu éméché, en insultant en ondes la journaliste Chantal Machabée. Son frère (Steve Laplante) est un journaliste qui se croit progressiste, mais qui se révèle plutôt bien pensant.

Mary Poppins à l’heure du féminisme

CRITIQUE / Entre féminisme et misogynie, il existe tout un monde de nuances… Un monde qui se complexifie encore un peu plus lorsque les réalités et les perceptions féminines et masculines se rencontrent. En cette époque de #MoiAussi, l’auteure Catherine Léger aborde la question de bien ludique manière avec «Baby-sitter», où une sorte de Mary Poppins décomplexée prend ces jours-ci le contrôle du théâtre Périscope.

Comme point de départ pour son texte, Léger a choisi un fait réel, soit le phénomène FHRITP («Fuck her right in the pussy») devenu viral il y a quelques années. Pour ceux qui auraient oublié cette vague tout sauf édifiante, rappelons le topo : de petits rigolos (d’aucuns diront plutôt de gros tatas…) relevaient le «défi» d’interrompre une journaliste télé en entrevue pour enjoindre son interlocuteur — mâle, il va sans dire — à la «f*urrer direct dans la pl*tte». C’est vulgaire, mais c’est ça.

Et c’est arrivé assez souvent à la reporter Shauna Hunt de CityNews pour qu’elle prenne les grands moyens, alors qu’elle couvrait un match du Toronto FC, en répliquant à quelques blagueurs devant la caméra. L’un d’eux, qui trouvait le gag hilarant, a déchanté lorsque son employeur, Hydro One, lui a montré la porte à cause de son comportement disgracieux.

Remplacez le Toronto FC par les Alouettes de Montréal et Hydro One par Hydro-Québec et vous verrez dans quels sales draps se trouve le Cédric (David Boutin) imaginé par Léger. Jeune papa d’un bébé de cinq mois, il l’a échappé, un peu éméché, en insultant en ondes la journaliste Chantal Machabée. 

Suspendu par son employeur, il se trouve devant un dilemme : excuses publiques rapides pour un retour hâtif à la normale ou introspection profonde pour comprendre (et guérir…) une misogynie latente? Sa blonde (Isabelle Brouillette), nouvelle maman aspirante superwoman au bord de la dépression, prône la première avenue. Son frère (Steve Laplante), journaliste qui se croit progressiste, mais qui se révèle plutôt bien pensant, le pousse vers la seconde. Il faudra les jeux de rôle d’une gardienne d’enfants surprenante, délurée et complètement libérée (Victoria Diamond) pour confronter tout ce beau monde à ses bibittes, ses comportements et ses préjugés.

Si le fond du sujet est sérieux, on rit beaucoup au final dans cette pièce à la distribution impeccable, où les personnages sont appelés à se remettre en question au contact de cette nounou à l’effet catalyseur. On flirte avec l’absurde jusqu’à inverser les rôles dans une finale explosive… Littéralement!

La pièce Baby-sitter est présentée au Périscope jusqu’au 24 novembre.