Concert des Violons du Roy, avec Anthony Marwood au violon et Aleksandar Madzar au piano.

Marwood, Madzar et les Violons du Roy: danser sur les tombes

CRITIQUE / Les Violons du Roy, Anthony Marwood et Aleksandar Madzar nous ont offert de grands moments de musique jeudi après-midi. Un concert intense, pour cordes et piano uniquement, où nous avons pu descendre profondément dans les affres de l’angoisse avec Chostakovitch, pour mieux goûter les jeux de lumière de Mendelssohn.

La version pour orchestre du Quatuor à cordes no2 de Chostakovitch a été l’occasion pour les Violons du Roy et celui qui fut leur premier artiste associé de 2015 à 2018 de montrer les teintes somptueuses et les puissants contrastes de cette œuvre. Tous debout, hormis les trois violoncellistes, les seize musiciens donnaient l’impression de participer à un bal sombre, voire macabre. Les flottements fantomatiques des passages plus lents auraient eu leur place dans un film de Tim Burton, tandis que les segments plus agités portaient une intensité et une tension extrême, à donner des frissons d’angoisse. 

La pièce sublime et tourmentée avait du souffle et de l’ampleur sous leurs archets. Le capitaine de cette danse funeste, le violoniste et chef britannique Anthony Marwood, a joué certains passages sur la pointe des pieds, accompagnés de pizzicatos et tout en douceur. Le son de son instrument s’élevait presque comme une voix humaine, déchirant de vérité et de mélancolie.

On avait déjà vu Marwood plus expansif et plus volubile au côté des Violons du Roy, mais cette fois, pas un mot. Que de la musique, un geste pour donner le coup d’envoi de chaque pièce et guider un peu les musiciens, puis il se concentrait avec la plus grande attention à vivre la musique et par ricochet à nous la faire vivre avec la plus grande intensité. 

Pour le Concerto pour violon, piano et orchestre à cordes en ré mineur de Mendelssohn, son complice Aleksandar Madzar s’est ajouté à l’équation. Le pianiste serbe et Marwood, qui ont déjà enregistré ensemble des sonates de Brahms et de Schumann pour l’étiquette Wigmore Live, partagent une évidente complicité que la pièce de Mendelssohn mettait en évidence. Les deux solistes, comme d’habiles escrimeurs, y établissement un dialogue animé, fiévreux, fervent, alors que l’orchestre se fait discret ou redouble d’attaques impétueuses. 

Le morceau était propice aux jeux de vitesse et aux escarmouches enjouées, tout en déployant une multitude de contrastes et de variations. Que Mendelssohn a composé ceci à 13 ans à peine a de quoi nous renverser, même 200 ans plus tard...

Ca programme (avec en plus Young Apollo de Benjamin Britten) sera repris jeudi soir à 20h au Palais Montcalm et vendredi à 19h30 au Musée des beaux-arts de Montréal.