Éric Leblanc et Agnès Zacharie incarnent plusieurs personnages dans «Maria et les vies rêvées», dont les directeurs de deux compagnies de théâtre qui veulent en savoir davantage sur l’aspirante comédienne brésilienne au cœur de la pièce.

«Maria et les vies rêvées»: troublante ode à la liberté

CRITIQUE / C’est à du théâtre engagé, assoiffé de justice sociale, à cheval entre le Canada, terre de liberté, et le Brésil, lieu de répression, que l’auteur et metteur en scène Philippe Soldevila convie le public du Périscope avec «Maria et les vies rêvées». Une pièce qui joue de la fiction biographique pour évoquer de façon originale et fantaisiste le parcours d’une battante à la recherche d’un monde meilleur.

Cette Maria, c’est Marilda Carvalho, débarquée au pays il y a une vingtaine d’années. À la faveur d’une audition pour une pièce, face à deux directeurs de compagnie de théâtre (Éric Leblanc et Agnès Zacharie), des pans de sa vie seront recréés. Assise en retrait la plupart du temps, la femme est à la fois l’histoire et celle qui la raconte. 

Dans un inventif aller-retour entre passé et présent, le spectateur part à la rencontre de ses parents, de son mari, de sa meilleure amie, d’une bénéficiaire d’un CHSLD où elle travaille, autant de personnages endossés à tour de rôle et avec une belle énergie par les quatre comédiens de la troupe (à laquelle s’ajoutent Érika Gagnon et Henri Louis Chalem).

La pièce est aussi prétexte à une initiation aux fondements du Théâtre de l’opprimé, créé par le dramaturge brésilien Augusto Boal, un maître à penser de Maria. Cette forme d’art, qui se joue en dehors des lieux traditionnels de pouvoir, permet de donner la parole aux gens du peuple en les intégrant dans la pièce. Une façon d’utiliser la fiction pour agir sur les réalités. D’où ce joli clin d’œil de fin de parcours où Maria quitte son poste d’observation pour s’inviter dans l’action, un moment touchant de la pièce.

La mise en scène, très éclatée, mise sur des moyens très simples pour retenir l’attention. Entre un changement de chemise ou de châle, les comédiens vont et viennent pour incarner des personnages parfois drôles, parfois émouvants, jamais banals. De chaque côté d’un écran géant servant à projeter quelques passages de la pièce ou les explications sur les enseignements de Boal, deux babillards recueillent en photos les pièces du puzzle de Maria.

Un escabeau, dissimulé derrière les deux panneaux, sert à la fois de perchoir à certains personnages colorés et à recréer judicieusement les pas d’une armée de policiers en marche. De façon symbolique, la valise de Maria devient dépositaire d’objets souvenirs.

Coproduction entre le Théâtre Sortie de secours et Ubus Théâtre, Maria et les vies rêvées donne à réfléchir sur une foule de thèmes, que ce soit l’utilisation du théâtre comme vecteur de changement, l’importance de vivre libre, la résistance à l’oppression, l’expérience souvent douloureuse de l’exil, tout cela dans une approche qui nourrit à la fois le cœur et l’âme. Difficile de demander mieux.

Maria et les vies rêvées est à l’affiche au Périscope jusqu’au 30 mars.