On passe du rire au trouble devant la prestation de l’actrice Alice Pascual dans la pièce «Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable», présentée au Carrefour international de théâtre.

«Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l'irrémédiable»: petite leçon de paranoïa

CRITIQUE / Dans un monde où des fusillades font les manchettes de manière quasi quotidienne, quiconque développe une obsession pour la sécurité trouvera vite matière à attiser sa paranoïa. Voilà la prémisse exploitée de brillante manière par «Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable», pièce présentée au Carrefour international de théâtre dans laquelle la comédienne Alice Pascual captive autant qu’elle étonne.

C’est la dernière journée de l’année scolaire et ladite Madame Catherine ne compte pas quitter ses jeunes protégés sans leur prodiguer une dernière (et inoubliable) leçon. Traumatisée par la tuerie de l’école primaire Sandy Hook — lors de laquelle une vingtaine d’enfants ont été abattus en 2012 au Connecticut — et jugeant que l’établissement où elle enseigne n’en fait pas assez pour assurer la sécurité des petits, elle prend les choses en main. Coûte que coûte, sa classe saura quoi faire en situation de fusillade… Quitte à pousser le bouchon un peu (beaucoup?) trop loin.

Dans la salle du Périscope, le public est invité à jouer le rôle des écoliers auxquels l’enseignante s’adressera directement tout au long de ce presque solo (le directeur d’école fera une brève apparition), où on assiste à la dégringolade d’une femme qui perd le contrôle de ses obsessions.

Cette prof est pourtant bien intentionnée et fort habile pour faire passer son message : qu’elle utilise des masques pour rappeler les tueries en milieu scolaire du passé (Polytechnique, Virginia Tech, Columbine, Sandy Hook) ou qu’elle se lance dans un rap pour résumer quoi faire en cas d’attentat (cours, cache-toi, attaque!). Mais disons qu’elle prendra un peu trop au sérieux le volet «mise en situation» de sa leçon...

La pièce signée par Elene Belyea et traduite avec beaucoup de naturel par Olivier Sylvestre joue habilement sur les tons, entre la candeur et la menace. On passe du rire au trouble devant l’admirable prestation de l’actrice Alice Pascual, qui porte le spectacle sur ses épaules et qui navigue avec beaucoup d’aisance dans les nuances de ce personnage complexe, à la fois sympathique et inquiétant, infiniment bienveillant et indéniablement dangereux.

La pièce Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable est présentée de nouveau au Périscope le 1er juin à 16h.