Fred Lebrasseur, Maryse Lapierre et Jonathan Gagnon dans L’histoire du grillon égare dans un salon

«L'histoire du grillon égaré dans un salon»: l’après-midi d’un gnome

CRITIQUE / Les objets théâtraux de Claudie Gagnon mettent une dentelle de magie et d’étrangeté autour du quotidien. Ils aiguisent le sens de l’observation et l’imagination, effraient (un tout petit peu), surprennent et émerveillent. «L’histoire du grillon égaré dans un salon», présentée jusqu’au 15 avril au théâtre jeunesse Les Gros Becs, ne fait pas exception.

Sans utiliser de mots ni de narrateur, l’artiste visuelle Claudie Gagnon réussit à recréer ce mélange d’émotions vives que suscitent les contes. «J’ai peur», répétait, un peu inquiet, mon voisin de gauche, alors que ses camarades de CPE laissaient fuser des rires éblouis à chaque nouvelle surprise.

Le début de la pièce rappelle un peu le moment où Clara, dans Casse-Noisette, s’éveille au milieu de la nuit pour découvrir que son jouet a pris vie et s’apprête à combattre une armée de rats. Sauf qu’ici c’est un jeune garçon en bas de laine et gilet à capuchon (Maryse Lapierre) qui s’éveille dans un salon. Le jouet vivant, mi-gnome mi-souris, a les traits de Fred Lebrasseur, qui bidouille toutes sortes de bruits avec des objets, tout en jouant à cache-cache, pendant la représentation.

Il y a quelques clins d’œil à Alice aux pays des merveilles (une clé, une potion à boire et l’envers d’un miroir), à Cendrillon (un soulier enchanté) et à Blanche-Neige (une pomme… bleue!), voire au Songe d’une nuit d’été et à L’Après-midi d’un faune.

Claudie Gagnon a su inventer une panoplie de personnages originaux et fantaisistes, aux caractères bien affirmés. Un distingué grillon cleptomane, une fée des dents bienveillante et tenace, un homme-arbre aux bois chargés de baies rouges… Tous joués par Jonathan Gagnon, dont chaque apparition est un évènement. D’ailleurs, les enfants ne lâchent jamais les trois interprètes des yeux. Ils s’identifient à Maryse, s’amusent avec Fred et suivent les interventions de Jonathan avec attention.

Chaque recoin du décor cache un secret, un passage, une bestiole, une merveille, un bruit, voire un monstre glouton. Peu à peu, la nature envahit le salon «de grandes personnes» pour le transformer en labyrinthe de Pan enchanteur. Deux fenêtres-écrans, en constante transformation, aiguisent le sens de l’observation des tout-petits. Des jeux de symétrie, d’asymétrie, de doubles tiennent les sens en éveil, tout comme la trame sonore, un foisonnant amalgame de sons de la nature, de musique et de bizarreries comiques.

L’histoire du grillon égaré dans un salon est une création du théâtre des Confettis (présentée une première fois en 2015). Il reste des billets pour les représentations familiales du 7 avril à 15h et du 14 avril à 11h et 15h. Info : lesgrosbecs.qc.ca