Quatorze comédiens forment la distribution de la première adaptation théâtrale des Plouffe.

Les Plouffe: un air de famille

CRITIQUE / Intimement liée au paysage socio-politique québécois du milieu du siècle dernier, la famille Plouffe est enracinée dans notre imaginaire collectif. Le roman de Roger Lemelin, décliné successivement en téléroman et long-métrage qui ont fait époque, revit pour la première fois sur les planches. Avec, comme plus grand défi, à moitié relevé, de créer la surprise avec des personnages connus de tous ou presque.

D’entrée de jeu, disons-le, le spectateur familier avec la mythique famille ouvrière de la Basse-Ville de Québec se retrouvera en terrain connu. La metteure en scène Maryse Lapierre et la responsable de l’adaptation, Isabelle Hubert, ne proposent pas une relecture décoiffante de l’oeuvre. Elles n’ont pas vidé les personnages de leur substantifique moelle. Ils sont tous là, quasi immuables, greffés dans un décor fort original, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs rêves et leurs espoirs déçus.

Dans cette cuisine si familière où converge l’action de la pièce, la marmaille de Théophile (Gilles Renaud) et Joséphine (Marie-Ginette Guay) rêve d’émancipation, alors que la Seconde Guerre mondiale gronde sur le vieux continent.

Le sportif Guillaume (Alex Godbout) roule des mécaniques avec ses exploits au baseball, prélude à une hypothétique carrière professionnelle. Napoléon (Jean-Michel Girouard), son plus grand admirateur, s’amourache d’une femme à la santé fragile (Mary-Lee Picknell). Cécile, la «vieille fille» dans la quarantaine (Frédérique Bradet), fait le désespoir des siens en fréquentant un homme marié (Nicola-Frank Vachon).

Et il y a bien sûr Ovide (Renaud Lacelle-Bourdon), comment l’oublier, personnage pivot de cette famille canadienne-française typique soumise à l’influence du clergé. Personnage hors norme dans son entourage en raison de son amour pour l’opéra et ses discours raffinés, c’est sur ses épaules que repose une grande partie de l’intrigue. Sa déconvenue amoureuse pour l’aguichante et sexy Rita Toulouse (Alice Moreault) le poussera à entrer au monastère.

La cuisine est la place centrale où vont et viennent les personnages des Plouffe.

Après la performance mémorable de Gabriel Arcand dans le film de Gilles Carle, le défi était énorme pour le comédien, à l’approche plus solennelle. L’inexorable et cruel jeu des comparaisons se fait à son détriment. La scène, très attendue, où il déplore que des hommes comme lui n’ont pas leur place nulle part dans le monde entier, n’atteint pas le même degré d’émotion que l’original.

Des trésors d’ingéniosité sont déployés dans la mise en scène pour rendre de façon métaphorique la frontière sociale qui sépare la Basse-Ville de la Haute-Ville de Québec. Ingénieuse et rigolote que cette façon d’illustrer la montée à vélo des côtes. Les escaliers mènent à une promenade où les Plouffe ont l’impression d’accéder à un niveau social supérieur. De là-haut, ils peuvent admirer le nouveau stade municipal construit pour 150 000$. «Y’en a qui disent que c’est trop cher, mais que ça vaut la peine...» Tiens, tiens...

Ovide Plouffe (Renaud Lacelle-Bourdon) et maman Plouffe (Marie-Ginette Guay)

On applaudit également aux apparitions d’un groupe de musiciens et chanteurs qui ajoutent ici une note colorée (défilé du roi et de la reine d’Angleterre), là un parfum mélancolique (soirée de bal au Château Frontenac), au gré de vieux airs comme Guilty, Beautiful Girl of the Prairie et Stompin’ at the Savoy.

Au final, à défaut de surprendre, ces retrouvailles avec cette famille tricotée serrée, accueillies sous une longue et chaleureuse ovation, rappellent l’importance des liens du sang pour affronter l’adversité. En cela, le message est plus à-propos que jamais.

Les Plouffe est à l’affiche au Trident jusqu’au 8 février. Des supplémentaires ont été ajoutées les 2 et 9 février (15h).