Après une tournée en France, La Grande Sophie et Delphine de Vigan seront en spectacle ce soir au Théâtre Petit Champlain

Les destins croisés de La Grande Sophie et de Delphine de Vigan

La première écrit des chansons, la seconde des romans. La Grande Sophie et Delphine de Vigan se sont croisées sur scène dans une lecture musicale qui devait être une aventure artistique d'un soir. Trois ans plus tard, elles ont fait le tour de la France avec L'une et l'autre, un spectacle dans lequel leurs univers se marient et qu'elles font maintenant voyager de notre côté de l'Atlantique.
Dans des médiums différents, les deux femmes menaient des parcours presque parallèles. Six albums et six romans - le compteur est depuis monté à sept - qui ont rapporté à leurs auteures un succès populaire, l'approbation de la critique et quelques récompenses (dont deux prix Victoires pour l'une et un Renaudot pour l'autre). Appelée à collaborer avec un artiste de son choix pendant le festival Tandem à Nevers, Delphine de Vigan a songé à La Grande Sophie, dont elle appréciait les chansons. 
«J'avais lu son roman Rien ne s'oppose à la nuit. Je n'avais rien lu d'autre d'elle, mais c'est un livre qui m'avait déjà marquée énormément. J'étais très honorée qu'elle me contacte», relate cette dernière. 
La rencontre a été marquante et la complicité «immédiate», si bien que les amies ont eu envie de pousser le voyage plus loin. «Avec Delphine, on s'est dit que c'était dommage de s'arrêter là. J'ai cogité et comme elle avait tapé à ma porte la première fois, j'ai tapé à la sienne en deuxième pour lui demander si elle voulait partir en tournée.»
Avec l'appui du scénographe Éric Soyer, un proche collaborateur du réputé metteur en scène Joël Pommerat, elles ont retravaillé ce spectacle monté à l'origine «avec trois bouts de ficelle», selon la description de Sophie, qui fait escale avec sa complice ce lundi au Théâtre Petit Champlain, à l'invitation de la Maison de la littérature. 
«On tenait à ne pas rester dans nos rôles, reprend l'auteure-compositrice-interprète. Delphine n'avait pas envie de faire l'écrivain qui va lire et je ne voulais pas non plus faire que ma chanteuse. Dès qu'elle m'a dit ça, je suis sautée sur l'occasion, parce que j'avais très envie qu'elle chante. Et elle me fait lire également. Ça s'entremêle beaucoup, c'est très fusionnel. On parle des étapes de la vie, qui font écho, je pense, à tout le monde. Mais il y a comme un dédoublement. Je pense qu'à un moment, les gens peuvent se demander qui est l'une et qui est l'autre...»
La scène autrement
La Grande Sophie décrit la parenthèse littéraire de L'une et l'autre comme une expérience très enrichissante. «Déjà de partir avec une femme! Je suis souvent entourée d'hommes dans mes tournées, avec mes musiciens. C'est vrai que j'ai un univers très masculin. D'ailleurs, Delphine me l'a fait remarquer très vite. Elle m'a dit : "Sophie, tu as un humour de mec"», rigole la chanteuse, qui a au passage dû apprivoiser la scène différemment, pendant que sa complice la découvrait carrément. 
«Il y a eu deux chocs! C'est un spectacle très dépouillé, il n'y a pas beaucoup d'éléments. C'est deux voix et une guitare. Il y a des moments où on s'écoute l'une et l'autre, c'est très intime. Il y a des moments d'immobilité de nos corps et ça, je n'avais jamais vécu ça. Mon corps immobile face au regard des gens... Moi qui fais de la musique, j'ai l'habitude de bouger sur ma musique, ç'a été un exercice hyper difficile», résume la musicienne, qui dit avoir eu recours à la vidéo pour s'adapter à cette immobilité. «J'avais toujours l'impression qu'il y avait quelque chose qui me gratte, ajoute-t-elle. En travaillant avec la vidéo, j'ai pu me corriger, parce que je gesticulais tout le temps, en fait. Je n'arrivais pas à poser mon corps, simplement.»
L'une et l'autre a aussi engendré de nouvelles pièces pour l'auteure-compositrice-interprète, qui a notamment créé quelques airs livrés a cappella dans le spectacle. Le titre Je n'ai rien vu venir, inclus sur son dernier album et inspiré du roman Jour sans faim, est aussi né de la collaboration avec Delphine de Vigan.
«Je trouve que c'est un livre magnifique qui parle d'anorexie. J'ai eu envie d'écrire après avoir lu ce livre. C'était une façon pudique de lui dire que j'avais compris ce qu'elle avait voulu dire.»
Vous voulez y aller?
Qui: La Grande Sophie et Delphine de Vigan
Quand: 25 septembre à 20h
Où: Théâtre Petit Champlain
Billets: 38 $