«Le Wild West Show de Gabriel Dumont», présenté à La Bordée, est un feu roulant d’anachronismes et de clichés assumés qui révèle les absurdités tapies dans l’histoire canadienne.

«Le Wild West Show de Gabriel Dumont»: un pavé dans la mare lisse de l’histoire

CRITIQUE / Entre les récits aseptisés des livres scolaires et celui, bouffon et décalé, du Wild West Show de Gabriel Dumont, il y a un fossé insurmontable. Loin d’être parfaite, cette version «à la Buffalo Bill» des pauvres, feu roulant d’anachronismes et de clichés assumés, a toutefois le mérite de révéler les absurdités tapies dans l’histoire canadienne.

«Bienvenue sur le territoire traditionnel des Wendats, des Innus… et des Nordiques», lance Jean-Marc Dalpé pour ouvrir le spectacle, donnant déjà le ton. Alexis Martin et lui seront les maîtres de cérémonie d’un tour de piste (orchestré avec Yvette Nolan) inspiré des Wild West Shows de Buffalo Bill, divertissement à grand déploiement mêlant vaudeville, cirque, rodéo et numéros d’actualité.

La révolte des Métis de 1884 et 1885, épisode complexe et controversé s’il en est un, est livrée ici à travers les voix de 10 auteurs, issus du Québec, de l’Ontario et de la Saskatchewan, en français, en anglais, en mitchif, en algonquin, en cri, en kanienkeha et lakota. Il faut accepter de perdre quelques mots çà et là — les auteurs ont d’ailleurs joué sur ce point à plusieurs moments du spectacle — et tendre l’oreille avec plus de vigueur.

La Gendarmerie royale canadienne se livre à une Magical Ride sur chevaux de carton, le discours de Louis Riel (Gabriel Gosselin en mystique gominé) est agrémenté de tours de magie kitsch, alors que la première apparition du premier ministre MacDonald (campé de manière trumpesque par Dominique Pétin) est servie sur du Nickelback préenregistré.

Tout passe au crible (même le Nouveau théâtre expérimental), tout est joué de manière trop appuyée, mais avec une admirable justesse dans plusieurs numéros comiques, dont un échange efficace entre René Lecavalier (Martin) et Don Cherry (Dalpé). Au nom du showbiz et du merveilleux monde du théâtre, on grossit tout; de la grasse fourberie de MacDonald au mutisme ténébreux de Gabriel Dumont (Charles Bender), le héros barbu de ce rodéo.

Sur les 10 interprètes, on compte cinq femmes, qui jouent les rôles les plus caricaturaux comme les plus nobles, mais qui seront bien souvent la voix de la sagesse. Krystle Pederson inspire le respect en Montana Madeleine, alors que la femme-orchestre Andrina Turenne sera à l’origine des moments les plus touchants du spectacle. Un chant des enfants, vers la fin, est particulièrement émouvant, après le déluge de facéties.

Est-ce le bon moyen d’éclairer l’histoire? Les créateurs n’ont pas peur de la brasser, en tout cas, et d’amalgamer les tons et référents en espérant que quelque chose jaillisse. En jetant un pavé dans la mare de la souvent trop lisse histoire canadienne, ils donnent l’impression de la réveiller d’une longue léthargie.

Le Wild West Show de Gabriel Dumont sera présenté de nouveau vendredi à 19h au théâtre La Bordée, dans le cadre du Carrefour international de théâtre.