La technologie prend beaucoup de place dans «Le projet HLA», mais elle perdrait tout son sens sans l’apport d’un excellent trio d’acteurs.

«Le projet HLA»: plein la gueule

CRITIQUE / Dépeindre une tragédie familiale à la manière d’une partition de musique techno… Voilà ce qui nous est proposé ces jours-ci au studio Marc-Doré du Périscope avec «Le projet HLA», une pièce du Français Nicolas Fretel présentée par la compagnie La Trâlée dans une mise en scène de Guillaume Pepin. Audacieux? Sans doute. Facile? Pas tant. Efficace? Certainement…

Précisons-le d’emblée, Le projet HLA n’est pas un spectacle très long (un peu plus d’une heure dix), mais il n’est pas léger à encaisser.

D’abord à cause des thèmes abordés : la prémisse de l’histoire précise qu’elle se déroule un an après le meurtre d’un homme par sa femme et son fils. Nous naviguons dans des cycles de violence physique, psychologique et sexuelle. Dans des traumatismes et des relations troubles d’amour-haine, aussi. Rien de très jojo, ici.

Ensuite par la mise en scène signée par Guillaume Pepin, qui joue souvent — mais pas toujours — à fond la carte techno suggérée par la forme du texte : du fluo à la tonne, des effets stroboscopiques, des bidouillages sonores, une trame musicale forte en décibels, des segments chorégraphiés, des projections vidéo syncopées…

«Le projet HLA» au Périscope

Sur la forme comme sur le fond, on en prend plein la gueule avec Le projet HLA. S’éloigner des compromis n’en fait qu’un spectacle plus percutant.

Du techno vers l’humain

Nous voilà donc devant une famille dysfonctionnelle au possible, qui a vu se répéter les abus de la génération précédente. Mais rien n’est linéaire dans le récit signé par Nicolas Fretel, qui a écrit son texte à la manière d’une pièce de musique électronique, avec ce que ça implique de répétitions et d’accumulations. Tandis que mère et fils engourdissent leur douleur comme ils peuvent et oscillent entre le soutien mutuel et l’affrontement, une scène revient en boucle comme un refrain, celle du souper où tout a basculé. D’abord montré par bribes distorsionnées sur les écrans, il se précisera à chaque répétition, à mesure que la pièce vire tranquillement du techno vers l’humain.

Nancy Bernier et Vincent Nolin-Bouchard dans «Le projet HLA»

Plusieurs répliques, voire des pans de dialogues poétiques et obsédants, se dédoublent dans Le projet HLA, et pas seulement quand le personnage du fils s’amuse avec son échantillonneur pour se donner en spectacle. On en perd parfois des bouts quand les machines s’en mêlent. On aura l’occasion de se reprendre, chaque boucle amenant son lot de nuances dans une situation tout sauf simple.

Si la technologie prend beaucoup de place dans Le projet HLA, elle perdrait tout son sens sans l’apport d’un excellent trio d’acteurs appelés à se transformer à petites (mais significatives) doses selon le point de vue mis de l’avant dans tel ou tel «couplet» de la partition. Du flamboyant au très fragile, Vincent Nolin-Bouchard brille dans le rôle du fils. Nancy Bernier incarne si bien le dilemme «amour, peur, honte» qui revient souvent dans le discours de la mère. Dans un formidable contre-emploi (on est loin du théâtre jeunesse du Gros Mécano, dont il est directeur artistique), Carol Cassistat captive en campant un personnage qu’on aurait voulu détester, mais qui n’est pas non plus dépourvu d’humanité.

Vincent Nolin-Bouchard dans «Le projet HLA»

La pièce «Le projet HLA» est présentée au Périscope jusqu’au 22 février.