La pièce «Le projet HLA» en répétition

«Le projet HLA» : Une tragédie en mode électro [VIDÉO]

Grand mélomane, Guillaume Pepin propose dès mardi au Périscope «Le projet HLA», un singulier objet scénique dans lequel le théâtre se décline en boucles, comme un air de musique techno. En alliant ces deux passions, le metteur en scène a aussi l’impression de tourner une page sur son histoire familiale trouble.

Au cœur de ce texte du Français Nicolas Fretel se trouve une tragédie. Un an après le meurtre d’un père (Carol Cassistat) par sa femme (Nancy Bernier) et son fils (Vincent Nolin-Bouchard), ces deux derniers revivent en boucles le souper fatidique. La scène, assimilée ici à un refrain, revient à plusieurs reprises dans la pièce, s’arrimant à une trame sonore signée Etienne Lambert. 

«Le texte est sous la forme d’une partition musicale électronique. Il y a des boucles, du sampling, des répétitions, une progression. Il rajoute toujours des informations pour que le public comprenne de plus en plus où on s’en va. Tout ça fait en sorte qu’il y a une tension qui monte», résume le metteur en scène. 

«Moi, je suis parti de cette idée-là et je l’ai intégrée à tous les aspects techniques et scénographiques afin de faire en sorte qu’il ait des boucles un peu partout», ajoute celui qui mise beaucoup sur la vidéo — Keven Dubois et Alexandre Berthier en sont les concepteurs — pour accentuer ses effets.

«Je suis allé m’inspirer du vaporwave, décrit-il. C’est un style qu’on voit depuis presque 10 ans. C’est devenu très populaire. C’est le fluo, les couleurs pastels. Ça va beaucoup chercher des inspirations des années 80 dans le visuel.»

Le metteur en scène Guillaume Pepin

L’après Hôtel-Dieu

Guillaume Pepin a grandi chez les Témoins de Jéhovah. Au début de la vingtaine, il a coupé les ponts avec les siens pour assumer son homosexualité et réaliser son rêve de devenir comédien, deux aspects de son identité que rejetaient ses parents. Loin de cacher son histoire de famille, il l’a exposée sur scène il y a deux ans en participant au spectacle Hôtel-Dieu d’Alexandre Fecteau, une pièce de théâtre documentaire sur la souffrance et le deuil. Une expérience qu’il dit avoir vécue comme «un deuxième coming out». 

«Ç’a fait partie de mon cheminement d’acceptation, précise-t-il. C’était d’en faire une force de dire : “ça, c’est moi”. Pourquoi chercher ailleurs? Hôtel-Dieu, pour moi, ç’a été une grosse part de guérison. En nommant des choses en public pendant 18 soirs, tu n’as pas le choix de les accepter. C’était un peu une manière de faire en sorte que cette histoire ne m’appartienne plus. Elle fait partie d’un spectacle, elle fait partie d’autre chose. Ce n’est plus juste moi avec ça. Ça allège beaucoup.»

Guillaume Pepin dit s’être tout de suite reconnu dans le personnage du fils quand il est tombé sur le texte du Projet HLA, il y a une douzaine d’années. 

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«J’ai moi-même une famille où les relations sont difficiles, explique-t-il. Ce sont les thèmes de la pièce. On est dans l’ambivalence amour-haine. Ce sont des gens qui auraient voulu s’aimer autrement, mais ils en sont incapables parce que ce n’est pas quelque chose qu’ils ont reçu de leurs parents. Le thème principal du spectacle est vraiment la transmission du bagage émotionnel d’une génération à l’autre. Qu’est-ce qui reste en nous des traumatismes des générations précédentes? Est-ce qu’on est capables de s’en sortir et de casser ça?» 

La pièce «Le projet» HLA en répétition

De là le titre de la pièce de Nicolas Fretel — une référence à la génétique —, dans laquelle Guillaume Pepin a l’impression de reprendre là où il avait laissé avec Hôtel-Dieu. Et de tourner une page, aussi. 

«Ce spectacle-ci est un peu une continuité pour moi, confirme-t-il. Avec les thèmes qui se regroupent, il y a une espèce de volonté d’utiliser mon art pour purger mes démons. Comme le fils dans le spectacle.»

La pièce «Le projet HLA» est présenté au Périscope du 4 au 22 février.