Agnès Zacharie prête vie à la touchante Bérangère dans <em>Le pommetier </em>au Périscope jusqu’au 10 octobre.
Agnès Zacharie prête vie à la touchante Bérangère dans <em>Le pommetier </em>au Périscope jusqu’au 10 octobre.

Le Pommetier: touchant tête-à-tête théâtral

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
CRITIQUE / Dans son joli salon rempli de souvenirs, une certaine Bérangère vous attend ces jours-ci aux abords du théâtre Périscope. Imaginé par Agnès Zacharie, qui lui prête aussi vie, le personnage au cœur de l’«expérience théâtrale» Le pommetier propose une rencontre intimiste et touchante en cette période de pandémie. Un (presque) tête-à-tête à vivre quatre spectateurs à la fois.

On a au fil du temps pris l’habitude de monter à bord de l’autobus scolaire d’Ubus, qui vient régulièrement garer son théâtre ambulant dans le stationnement du Périscope. Quand la COVID-19 est venue saboter ses projets, la compagnie, en collaboration avec les complices de Pupulus Mordicus, a refusé de baisser les bras. Accueillant déjà un nombre très restreint de spectateurs, le sympathique lieu de diffusion allait jouer le jeu de la distanciation physique : quatre visiteurs à la fois, on a droit à un parcours unique et truffé d’images avec Le pommetier. De quoi se sentir privilégié, en somme.

L’équipe de création préfère parler d’«objet théâtral» plutôt que de spectacle pour cette nouvelle proposition mise en scène par Martin Genest et présentée au Périscope jusqu’au 10 octobre. On ne peut plus intime, l’expérience se déroule en deux temps.

D’abord à l’intérieur du Périscope, les spectateurs sont invités dans trois pièces qui mettent en quelque sorte la table pour ce qu’il vivront quelques minutes plus tard à l’intérieur du bus/théâtre. Pierre Robitaille nous convie dans trois tableaux impressionnistes ouvrant autant de fenêtres sur la vie de celle avec qui nous ferons bientôt connaissance, entre petits bonheurs simples et moments d’introspection. La voix d’Agnès Zacharie nous guide d’une station à l’autre jusqu’au moment de retrouver l’autrice et comédienne à bord de son théâtre ambulant, complètement transformé pour l’occasion.

En une seconde, nous oublions que nous prenons place dans un bus scolaire. La compagnie Ubus a réussi un tour de force en transformant le véhicule en jolie maisonnette pour les fins de cette proposition créé dans l’urgence, en contexte de pandémie. Sur une chaise de bois ou des fauteuils disposés dans le respect des consignes de distanciation physique, les «invités» s"installent au salon, où cette sympathique Bérangère les attend. Et depuis un moment, de ce qu’on comprend vite.

Les yeux dans les yeux

Pendant une quinzaine de minutes, cette volubile vieille dame nous fera part les yeux dans les yeux de ses réflexions, de ses souvenirs, de certains constats. Avec beaucoup de lucidité et autant de poésie, elle parle de solitude — elle qui a perdu son mari —, elle évoque la cruauté de la vieillesse qui vole la mémoire d’une voisine, elle revisite ses bonheurs d’antan. De petits riens ou de grandes choses. Pas de tristesse, ici. Plutôt une sorte de douce nostalgie.

Par le passé, Agnès Zacharie et ses complices ont eu l’occasion de faire vivre à leur public des moments de pure magie avec leurs marionnettes miniatures ou leur théâtre d’objets. Avec des délais de création autrement plus serrés qu’en temps normal et dans une mesure un peu moindre, ils ramènent ici cet esprit, nourri par des jeux d’ombres et quelques trucs de passe-passe qui viennent transformer la maison de cette chère Bérangère. D’abord et avant tout, c’est surtout elle qu’on vient voir et écouter.

Dans un contexte où de nombreuses personnes âgées ont été plus isolées que jamais pendant les derniers mois — et que la deuxième vague de COVID-19 nous fait redouter une nouvelle période de confinement —, la rencontre avec cette Bérangère s’avère doublement touchante. Un précieux petit moment de confidences avec celle qui aurait pu être notre tante, notre mère, notre grand-mère… Et un doux rappel de l’importance d’écouter la voix de nos aînés.

«Le pommetier» est présenté au Périscope jusqu’au 10 octobre.