L’autrice et interprète Agnès Zacharie, entourée du metteur en scène Martin Genest et du concepteur de marionnettes et interprète Pierre Robitaille.
L’autrice et interprète Agnès Zacharie, entourée du metteur en scène Martin Genest et du concepteur de marionnettes et interprète Pierre Robitaille.

Le pommetier: en bus, mais surtout chez Bérangère...

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Ceux qui sont déjà montés à bord de l’autobus scolaire converti en lieu de diffusion par Ubus Théâtre le savent : on a affaire ici à une expérience artistique unique et intimiste. En ces temps de pandémie, la compagnie, en collaboration avec les complices de Pupulus Mordicus, met plus que jamais à l’avant-plan l’idée de rencontre. Dans le respect des règles sanitaires, il va sans dire.

Nombreux ont pris l’habitude de s’installer sur les bancs du bus comme à la petite école pour découvrir un théâtre d’objets ou de marionnettes miniatures dans des spectacles comme L’écrit, Le périple ou Le piano à voile. Avec Le pommetier, le bus se réinvente dans le stationnement du Périscope du 22 septembre au 10 octobre au nom de la poésie et des retrouvailles, dans un contexte de distanciation physique qui chamboule le milieu des arts vivants.

«Ça s’est imposé, je n’ai même pas beaucoup cherché. Avec ce qu’on vit, c’est vraiment un événement contextuel. J’avais envie d’un rapprochement», exprime Agnès Zacharie, autrice et interprète (avec Pierre Robitaille) de ce rendez-vous décrit davantage comme «une expérience théâtrale» que comme un spectacle. Martin Genest signe la mise en scène de ce parcours qui se découvrira en deux temps : d’abord dans une salle d’attente «poétique», ensuite en (presque) tête-à-tête avec Bérangère, une vieille dame qui partagera souvenirs et réflexions avec les visiteurs. Ceux-ci prendront place dans le bus quatre à la fois.

«C’est très intime, je suis à deux mètres et il n’y a pas d’éclat de voix», précise Agnès Zacharie, qui évoque «de petits moments de lumière» et des pensées que le personnage a eues dans des moments plus difficiles de sa vie.

Au préalable, les spectateurs seront invités à déambuler dans une «salle d’attente» repensée qui va permettre de prolonger l’expérience — qui durera au total une trentaine de minutes — et de mettre en contexte les propos de Bérangère, un personnage inspiré de la mère d’Agnès Zacharie.

«C’est un parcours poétique où il y a des moments d’écoute, de silence, d’introspection, décrit-elle. Des images sont construites et elles ont rapport avec ce qui va se passer dans l’autobus.»

«Une pulsion»

Quand la pandémie est venue suspendre l’horaire bien rempli de la compagnie dont elle est la directrice artistique, Agnès Zacharie a d’abord songé à prendre une pause de son théâtre, qu’elle tient à garder intime et en proximité avec le public.

«On va à la rencontre des gens, résume-t-elle. Si on ne peut pas faire ce pourquoi ce projet est venu au monde, mieux vaut ne rien faire. J’étais quand même en paix avec ça.»

L’autrice et comédienne a passé du temps avec sa mère, elle a mis beaucoup d’énergie dans son jardin, qui lui donne ces jours-ci une plus que généreuse récolte de tomates, nous dit-elle.

Mais l’appel des arts n’a pas mis longtemps à se faire entendre.

«À un moment, j’ai eu une vision : “j’ai juste à jouer pour une personne. Je m’installe au bout du bus et le spectateur à l’autre bout”, raconte-t-elle. On s’est rendu compte que c’était utopique. Même en le faisant 30 fois par soir, il aurait fallu que ça dure quelque chose comme cinq minutes. On ne peut pas déplacer quelqu’un pour cinq minutes.»

De là est venue l’idée d’un parcours. Et le projet un peu fou de complètement réaménager l’autobus scolaire qui sert de théâtre ambulant à Ubus depuis plus de 15 ans. Le tout s’est concrétisé dans des délais très serrés.

«Dans cette pandémie, c’est devenu dingue et j’ai décidé de bouger, explique Agnès Zacharie. Je ne le regrette pas. C’est venu d’une pulsion de faire quelque chose et je le fais. Je voulais qu’on entre dans l’univers de Bérangère et pour ça, il ne faut plus qu’il y ait de bancs dans l'autobus...»

«Le pommetier» accueillera les spectateurs dès 17h au Périscope du 22 septembre au 10 octobre. Les départs auront lieu chaque 30 minutes. Tarif unique de 25 $. Détails et réservations au www.theatreperiscope.qc.ca