La pièce Bonne retraite Jocelyne de Fabien Cloutier sera présentée par le Trident la saison prochaine.

Le nouveau Fabien Cloutier au Trident

EXCLUSIF / Le Soleil a appris que la nouvelle pièce de Fabien Cloutier, «Bonne retraite», Jocelyne, fera partie de la prochaine saison du Trident. Pour cette coproduction avec la Manufacture et le Centre national des arts d’Ottawa, l’auteur et metteur en scène a fait appel au duo d’artistes visuels Cooke-Sasseville pour concevoir la scénographie.

Après avoir écrit les solos Scottstown et Cranbourne et les pièces Billy (les jours de hurlement) et Comment réussir un poulet, Fabien Cloutier avait envie d’adopter une nouvelle forme, avant même de penser à un sujet. Ces dernières pièces entrecroisaient monologues et dialogues dans différentes temporalités, cette fois il a opté pour une unité de temps, d’action et de lieu. 

«J’ai mis tout le monde sur scène en même temps, avec seulement des dialogues, indique Fabien Cloutier. J’avais envie d’aller vers un théâtre comme 24 poses (portraits) de Serge Boucher, pour explorer une nouvelle rythmique et un nouveau type de conflit. Lorsque tout se déroule à la même place dans une seule soirée, c’est entre les personnages que ça se passe.»

La pièce Bonne retraite, Jocelyne nécessite neuf acteurs, qui se trouveront sur scène pendant toute la représentation. Sophie Dion, Éric LeBlanc, Josée Deschênes et Brigitte Poupart font partie de la distribution. «Il y a deux générations, des acteurs très expérimentés et de jeunes acteurs, ce qui crée une dynamique très intéressante en salle de répétition», note l’auteur, qui signe aussi la mise en scène.

«Mes personnages ne sont pas délicats, ils ne font pas attention l’un à l’autre, explique-t-il. C’est difficile à résumer en quelques lignes, sans que l’histoire ne semble très banale. C’est une rencontre familiale qui dégénère. Mais par où ça arrive, comment ça arrive, ce qui est caché, ce qu’on ne se dit pas, ce qu’on finit par se dire, là ça devient intéressant. Ça raconte notre indélicatesse, notre individualisme à outrance. C’est un portrait de société pas jojo, mais qui va faire rire pas mal par moments, je crois.»

Fabien Cloutier place sa nouvelle histoire dans la classe moyenne. «Certains [personnages] travaillent au privé, d’autres ont été fonctionnaires. Certains sont capables d’aller dans le sud chaque année et d’autres non, et ça devient entre autres une des sources de conflit», note-t-il.

L’étincelle à Où tu vas…

Les dialogues «très réalistes» de Fabien Cloutier seront livrés dans une scénographie inusitée, conçue par deux artistes en arts visuels qui ont fait leur marque en galerie et en art public, notamment avec La rencontre, dans le parc Jean-Béliveau. 

«En travaillant avec Cooke-Sasseville, je veux faire exploser le lieu, que la scénographie décolle. Moi, je n’ai pas besoin des murs au théâtre. Si, dans une lecture, on sent déjà la cuisine et le salon, on n’a pas besoin de le voir sur scène. On s’est demandé comment on pouvait exposer cette famille-là. Parfois, on va dans un musée et il y a un seul objet au centre d’une grande pièce vide. On vise un peu ça : donner l’impression qu’on observe cette famille-là comme si elle était une œuvre d’art.»

La rencontre artistique de Fabien Cloutier, Jean-François Cooke et Pierre Sasseville remonte à 2011, alors qu’ils travaillaient sur un tableau d’Où tu vas quand tu dors en marchant…? 2, présenté dans les rues de la basse ville lors du Carrefour international de théâtre de Québec.

«On avait créé de l’absurde, avec des rencontres de personnages improbables et des actions répétées, alors que Fabien travaillait à isoler des phrases, de petites perles, sur les forums de discussions. Les dialogues et les décors se répondaient», raconte Jean-François Cooke. Liés par une admiration mutuelle, les artistes et l’auteur s’étaient promis de retravailler ensemble. 

«Je les trouve très forts avec les symboles, souligne Fabien Cloutier à propos de Cooke-Sasseville. Ils sont capables de faire quelque chose qui semble très simple, mais qui a plusieurs sens, qui est un peu rebelle et un peu coup de poing. Dans leurs œuvres, je trouve qu’assez vite, ils disent de quoi. Je crois que la mise en scène devrait produire le même effet.»

En leur laissant beaucoup de liberté, il leur a donc demandé de concevoir un espace qui allait ouvrir l’imaginaire du spectateur. 

«C’est super stimulant pour nous, indique Jean-François Cooke. C’est quand même gros de se mouiller dans un domaine qui n’est pas le nôtre, mais avec les années de pratique qu’on a derrière nous, on s’est rassurés et on a décidé de foncer.» Son acolyte et lui ont assisté à une lecture de la pièce et rencontré les concepteurs. Comme pour leurs projets d’art public ou d’exposition, ils ont modélisé les scènes où sera présentée la pièce et préparent leur terrain de jeu. «Maintenant, on se donne le mois pour s’imbiber de la pièce et pondre des idées», annonce-t-il.

Bonne retraite, Jocelyne fera partie de la saison 2018-2019 du Trident (à Québec) et de la Manufacture (à Montréal), puis sera présentée à l’automne 2019 au théâtre français du Centre national des arts à Ottawa. La programmation complète du Trident sera dévoilée lundi.