Une partie de la distribution de la pièce <em>Le gars de Québec</em>, qui joue en respectant les consignes de distanciation physique. 
Une partie de la distribution de la pièce <em>Le gars de Québec</em>, qui joue en respectant les consignes de distanciation physique. 

Le gars de Québec: quiproquo et entourloupettes en virtuel

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
CRITIQUE / «C’est si facile que ça de fourrer le monde!» La phrase résume l’esprit de la comédie Le gars de Québec de Michel Tremblay, qui permet ces jours-ci à La Bordée de renouer avec son public. COVID-19 oblige, ça se passe à distance, à travers l’écran. Des retrouvailles néanmoins festives, même si l’expérience théâtrale n’égale certainement pas celle qu’on aurait pu vivre en salle.

Au risque de choquer certaines susceptibilités — ou de trahir une méconnaissance de leur métier —, on a souvent demandé aux artistes de «s’adapter» et de se «réinventer» depuis le début de la pandémie. L’exercice tient presque ici de la haute voltige. Comme bien d’autres théâtres, La Bordée était prête à accueillir son public dans le respect des consignes sanitaires. Elle avait fait le pari audacieux de monter une pièce avec 11 acteurs en se conformant aux règles de distanciation physique. L’équipe s’est fait couper l’herbe sous le pied par la deuxième vague de COVID-19, mais avait quand même prévu son plan B avec cette captation. Idéalement, nous nous serions vus en personne. Voilà un compromis auquel 2020 nous avait déjà habitués, en musique, du moins.

Évidemment, l’expérience n’est pas la même. Dans la colonne des «pour» : renouer avec un théâtre professionnel et bien ficelé dans le confort de son foyer (sans masque et en pyjama, tant qu’à y être...), à l’heure qui nous convient, avec une proposition sur mesure pour les contraintes imposées par la pandémie. Du côté des «contre», le contact humain qui manque forcément, les rires qui ne fusent pas tout autour après une réplique bien cinglante (la comédie se savoure toujours mieux en gang)… Et le fait que l’exercice virtuel en lui-même, indéniablement louable, met en exergue tout ce dont sont privés les amoureux des arts vivants en presque confinement.

<em>Le gars de Québec</em> à La Bordée

«Heille, deux mètres!»

Adaptation par Michel Tremblay de la pièce Le Revizor de Gogol, Le gars de Québec nous ramène dans le Québec des années 50, sous Duplessis, dans une petite municipalité de Charlevoix aux autorités corrompues. À quelques jours de Noël, la visite d’un fonctionnaire venu de la capitale sème l’émoi. Le hic, c’est que l’«inspecteur» (Olivier Normand) dont le rapport fait frémir est en vérité un chômeur paumé en route vers sa famille à Tadoussac. La quête du pouvoir et la culture du pot-de-vin provoqueront bien des entourloupettes dans ce quiproquo.

Dans cette mise en scène de Michel Nadeau, pas question d’éluder le contexte actuel. D’entrée de jeu, le préambule annonce une version COVID-19 du spectacle. Les acteurs garderont leurs distances tout au long de la pièce, allant jusqu’à blaguer sur les consignes sanitaires. «Heille, deux mètres!», lancera le directeur de l’hôpital (Paul Frutos de Laclos) au maire (Pierre-Yves Charbonneau), qui se fait menaçant. Et l’obsession actuelle pour les désinfectants s’invite dans l’histoire grâce au notable incarné par Israël Gamache.

On sent ici que l’idée du plaisir a été placée au centre de la démarche, ancrée dans un texte joyeusement cynique. On le constate dans le ridicule appuyé de la plupart des personnages, mais aussi dans le ton juste juste assez baveux adopté par Olivier Normand dans son rôle d’usurpateur. Le tout se déploie de manière rythmée et précisément chorégraphiée, entre le Minuit, chrétiens et quelque chose qui ressemble à un set carré.

Les représentations virtuelles de la pièces Le gars de Québec sont présentées au coût de 25 $ jusqu’au 28 novembre. Une fois le billet acheté pour une date précise, une clé, valide pour 24h, vous sera acheminée par courriel. Détails à bordee.qc.ca