Seule sur scène pendant une heure et demie, Marie-Éve Fontaine livre une performance renversante dans la pièce «Le dire de Di», une création du dramaturge franco-ontarien Michel Ouellette.

«Le dire de Di»: envoûtant voyage au pays de l’adolescence

Le dramaturge franco-ontarien Michel Ouellette a trouvé en Marie-Ève Fontaine la caisse de résonance plus que parfaite pour faire exploser sa prose imagée, jeudi, à salle Multi de Méduse. Dans «Le dire de Di», la jeune comédienne, complètement habitée par son personnage, déploie une énergie et une fougue peu communes pour recréer le bouillonnement émotif d’une adolescente à la recherche d’absolu.

CRITIQUE/ Seule sur scène pendant une heure et demie, Marie-Ève Fontaine, originaire du Manitoba, livre une performance d’exception, revisitant toute une gamme d’émotions pour donner vie au personnage de Di (le diminutif de Diane), une jeune fille habitant un ailleurs imaginaire, perdu entre la forêt et les champs, avec une famille atypique formée de sa mère Makati, de son père Paclay et de Mario Morneau, le deuxième mari de sa mère. Tout ce beau monde devra composer avec un «grand malheur» qui viendra bouleverser «l’ordre cosmique des choses», soit l’arrivée d’une compagnie minière qui convoite leur terre.

Texte à apprivoiser

Le texte de Ouellette ne se laisse pas apprivoiser facilement, mais après s’être fait l’oreille, le public peut s’abandonner au vertige procuré par cette étonnante proposition théâtrale, où les mots virevoltent, sans temps mort, pour décrire le maelstrom émotionnel propre à l’adolescence qu’est sur le point de quitter Di, 16 ans, «presque 17».

L’intensité de la jeune fille est palpable du début à la fin. Dans sa bouche, les mots bigarrés s’éclatent, sa poésie brute bouleverse, sa passion s’ouvre sans pudeur, sa fragilité émeut. La description d’un baiser échangé avec Peggy, la représentante de la compagnie minière honnie dont elle est tombée amoureuse, est d’une renversante sensualité poétique.

Seule sur scène pendant une heure et demie, Marie-Ève Fontaine livre une performance d’exception, revisitant toute une gamme d’émotions pour donner vie au personnage de Di, une jeune fille habitant un ailleurs imaginaire.

Cette fable enflammée porte aussi en filigrane un puissant réquisitoire environnemental. L’œuf de rouge-gorge, que Di couve en elle, fait à la fois symbole de son imminente éclosion au monde adulte, mais également de l’importance de défendre la terre nourricière et cette nature source d’apaisement. «Je résiste au géant qui perce le roc pour faire saigner la terre.»

La mise en scène de Joël Beddows fait évoluer Di à travers un arrangement de quatre cadres format géant, avec une chaise comme unique accessoire. Au-delà du texte hyper exigeant qu’elle doit défendre, Marie-Ève Fontaine joue aussi de son corps, adoptant diverses postures, dont une dynamique chorégraphie qui l’amène, contre toute attente, à abandonner un instant sa mini-scène.

L’enveloppe sonore signée Thomas Sinou accompagne avec brio les divers états émotionnels de l’adolescente. Chants d’oiseaux, souffle du vent, bruits anxiogènes dont une sidérante déformation de la voix de la comédienne (qui rappelle celle de Linda Blair dans L’exorciste, rien de moins...), autant d’éléments qui transportent le spectateur dans une autre dimension qui envoûte à coup sûr.

Le spectacle vu jeudi soir est présenté à nouveau vendredi, à 19h, à la salle Multi, de la coopérative Méduse.