Dans «Le devisement du monde», Kevin McCoy se rend au chevet de son père mourant.
Dans «Le devisement du monde», Kevin McCoy se rend au chevet de son père mourant.

«Le devisement du monde»: de l’émotion à l’anecdote

CRITIQUE / L’homme de théâtre Kevin McCoy boucle une importante boucle dans sa carrière ces jours-ci au Diamant en complétant son «Triptyque migratoire». Avec la pièce «Le devisement du monde», il ramène les spectateurs dans ses valises. Un voyage qu’il fait bon de suivre dans sa touchante première moitié, mais qui s’essouffle dans un deuxième acte plus anecdotique.

Avec Le devisement du monde, Kevin McCoy vient clore une trilogie théâtrale entamée en 2006 avec Ailleurs et poursuivie en 2015 avec Norge. Le premier spectacle était ancré dans le thème de l’immigration à Québec, notamment la sienne, lui qui a déménagé ses pénates dans la capitale en 1996. Le deuxième s’intéressait notamment à sa relation avec sa mère dans une poursuite de ses racines en Norvège. Avec le troisième volet, le paternel est à l’honneur, à l’heure des adieux, dans une mise en exergue d’un amour des voyages en général et des périples de Marco Polo en particulier.

Au fil de ce spectacle très bien servi par la vidéo, on passera de Venise à Chicago aux steppes mongoles. Dans la première ville, point de départ du célèbre marchand, l’enquête de McCoy auprès d’un ami (Louis Fortier) est interrompue par un coup de fil lui annonçant que son père est mourant. L’auteur, metteur en scène et comédien, qui interprète son propre rôle, se précipitera à son chevet pour l’accompagner pendant ses derniers jours.

Les voyages de Marco Polo sont à l'honneur dans «Le devisement du monde» de Kevin McCoy.

Dans cette chambre d’une unité de soins palliatifs de Chicago, il fera la connaissance de préposés d’une grande humanité (interprétés par Louis Fortier et Sarangerel Tserenpil, qui servira aussi de guide à McCoy plus tard dans le spectacle). Alors que son père dort toujours et que le temps file, notre homme — éminemment sympathique — vivra une ribambelle d’émotions jusqu’au moment du grand départ. L’usage de la technologie est ici crucial dans ces adieux qui vont droit au cœur.

Mongolie

La deuxième partie du Devisement du monde nous transporte en Mongolie. Pourtant plus courte que la première, celle-ci semble inutilement longue et beaucoup moins porteuse après un premier acte si chargé d’émotions. On comprend que ce périple a été déterminant pour l’homme de théâtre endeuillé et qu’en le transposant sur scène, il a voulu accentuer l’importance que revêtent pour lui les rencontres. Les échanges semblent toutefois moins significatifs que ceux entendus plus tôt et sont livrés de manière plus laborieuse. On s’éparpille un peu, on se demande où on veut nous mener… Surtout avec cette visite impromptue et arrosée qui s’étire et qui se termine en queue de poisson.

On peut aussi remettre en question la pertinence des références au personnage d’Arlequin de la commedia dell’arte, déjà un brin lourdaudes dans le préambule et carrément superflues en fin de parcours.

Le lit du père devient pendant un moment une gondole vénitienne dans «Le devisement du monde». 

Kevin McCoy a le cœur sur la main avec ce spectacle aux allures de journal intime dans lequel il se donne tout entier. Mais il livre peut-être trop tôt sa matière la plus universelle, la plus parlante, la plus puissante. Tout ce qui vient après ne peut que sembler tiède.

La pièce «Le devisement du monde» est présentée au Diamant jusqu’au 22 février. Les trois chapitres du «Triptyque migratoire» seront livrés coup sur coup dans un marathon théâtral le 22 février.