Le directeur du Conservatoire d’art dramatique de Québec, Jacques Leblanc, assure la mise en scène du Bourgeois gentilhomme.

Le bourgeois gentilhomme: en avant la musique!

On a tendance à l’oublier, puisqu’on ne nous présente souvent que la partie théâtrale, mais Le Bourgeois gentilhomme de Molière est une comédie-ballet; Lully en a composé la musique, alors que Strauss en a tiré une suite pour orchestre. Dans une production qui souligne le 60e anniversaire du Conservatoire d’art dramatique de Québec, Jacques Leblanc remet la dimension musicale de la pièce à l’honneur.

Apprentis musiciens, chanteurs, danseurs et acteurs sont impliqués dans ce Bourgeois, qui sera d’abord présenté le 28 février sur la grande scène de la salle Louis-Fréchette avec l’Orchestre symphonique de Québec, qui jouera la suite de Strauss. «On a fait des coupures [dans les répliques], mais c’est très compréhensible. On joue presque toute la pièce, donc les spectateurs de l’OSQ auront tout un spectacle de théâtre en plus du concert», indique Jacques Leblanc, qui assure la mise en scène. Les jours suivants, la pièce sera présentée au Théâtre du Conservatoire, avec huit musiciens qui joueront les intermèdes de Lully.

«La version avec la musique de Lully est conventionnelle, encadrée, segmentée. Avec celle de Strauss, les ambiances prennent plus de place, la musique se déploie, c’est plus épique», indique Alexis Gaumond, qui partage le rôle de M. Jourdain (le fameux Bourgeois), avec Étienne Lafrenière.

Lafrenière recevra les enseignements du maître de musique et du maître de ballet et jouera la résolution du conflit, alors que Gaumond brûlera d’amour pour Dorimène et traversera le drame familial.

De la figure moliéresque, le comédien retient la candeur et le désir de s’élever dans l’échelle sociale par la culture. «Il est très vrai. Il n’y a ni mensonge, ni malice à l’intérieur de lui. Il a une quête, devenir une personne de qualité, mais il côtoie des gens qui ne sont là que pour son argent et s’il atteint son but, il sera finalement plus superficiel», explique-t-il.

Chanteurs et danseurs se relaient sur scène pour divertir le gentilhomme. Divertissement qui atteindra le comble de l’extravagance pendant la Grande turquerie, pour laquelle on nous promet de délirants costumes. La scène qui allie chant, danse, musique et jeu d’acteur sera présentée tant avec l’OSQ qu’au théâtre du Conservatoire. 

Il y a longtemps que Jacques Leblanc marie musique et théâtre, puisqu’il est d’abord entré au Conservatoire de musique de Trois-Rivières en violon, avant de fréquenter le Conservatoire d’art dramatique de Québec (dont il est maintenant directeur). Il y a quelques années, alors qu’il était directeur artistique de la Bordée, il a collaboré avec l’OSQ à intégrer des extraits du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare à travers la musique composée par Mendelssohn. Il a enseigné le jeu scénique à la Faculté de musique de l’Université Laval et y assure également la mise en scène des productions de l’Atelier d’opéra. Il a aussi signé des mises en scène de Falstaff, La Bohème et Madama Butterfly à l’Opéra de Québec.

Il veut, évidemment, continuer de tisser des liens entre les deux disciplines. «Au conservatoire, il y a une classe de mise en scène, et j’ai envie qu’on fasse des ponts avec l’Opéra de Québec, pour qu’on puisse organiser des stages pendant les répétitions. On pourrait même se spécialiser là-dedans. Il n’y a pas d’école de mise en scène d’opéra», rêve M. Leblanc.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi : concert Molière et Strauss — Le Bourgeois gentilhomme avec l’OSQ

Quand : 28 février à 20h

Où : Grand théâtre

Billets : à partir de 45,95 $

Tél. : 1 877 643-8131

Infos : osq.org

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Quoi : Le Bourgeois gentilhomme

Quand : 1er mars à 19h30, 2 et 3 mars à 14h et 19h30

Billets : 10 $ (5 $ étudiant)

Où : Théâtre du conservatoire (11, rue Saint-Stanislas)

Tél. : 418 643-9833

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AMADEUS AU TRIDENT : DANS LA PEAU D'UN COMPOSITEUR JALOUX

Difficile de refuser les premiers rôles, même lorsqu’on enseigne et dirige le Conservatoire d’art dramatique de Québec. Alors qu’il jouait l’avaricieux Harpagon à la Bordée le printemps dernier, Jacques Leblanc a reçu un appel du metteur en scène Alexandre Fecteau. «Il me dit qu’il monte Amadeus, je lui dit : “Oh non, tu ne vas pas me demander de jouer Salieri?” Et là je me mets à pleurer au téléphone. Parce que ça mélange tout ce j’aime. C’est exigeant, mais c’est impossible à refuser.»

La pièce de Peter Shaffer, qui a aussi signé le scénario du film réalisé Miloš Forman en 1984, relate l’arrivée de Mozart à la cour de Vienne, du point de vue jaloux et torturé du compositeur Salieri, qui voit sa gloire menacée.

«Le personnage mène toute la pièce. Il passe de la narration au jeu en un éclair, il mène la destinée de l’autre par ses manigances, sa jalousie, son envie, son admiration pour le génie de l’autre. Il trouve ça beau, enivrant, épouvantable. Ce qu’il trouve effrayant, c’est que cet être si vulgaire, tel que décrit dans la pièce, soit la voix directe de Dieu», raconte le comédien. Salieri, qui croit que son talent et sa carrière de compositeur lui viennent de Dieu, a promis de lui consacrer sa vie. «Un moment donné, la bataille n’est plus avec Mozart, mais avec en-haut, et il en arrive presque à ne plus croire», souligne Jacques Leblanc. Celui qui aura 60 ans cette année jouera Salieri de 23 à 73 ans.

Musique et opéra

«Tout au long, lorsqu’il y a des concerts, des représentations d’opéra, lorsque j’entend de la musique dans ma tête, lorsque je lis les partitions de Mozart, elles sont jouées sur scène», indique-t-il. Un quatuor à cordes, une pianiste et quatre chanteurs d’opéra feront partie de la distribution.

L’acteur a déjà travaillé plusieurs heures avec la directrice musicale, Anne-Marie Bernard, pour placer ses répliques sur la musique. Il jouera du violon, un instrument dont il joue depuis l’enfance, et un peu piano. «Une petite marche de bienvenue, donc assez simple à jouer, note-t-il, mais c’est le truc qui me donne le plus de trac au monde.» Pierre-Olivier Grondin, qui interrpète Mozart, devra toutefois reprendre la mélodie pour en faire un morceau de virtuosité. Quand on se compare...

Connaissant le metteur en scène Alexandre Fecteau, on serait surpris que la pièce soit montée de manière réaliste avec des costumes d’époque. «Un moment donné, dans la pièce, je dis que nous sommes dans les années 80. Je lui ai mentionné que je devrais dire qu’on était en 1781… mais il y a pensé, indique Jacques Leblanc. La seule chose qui va nous rattacher à l’époque [initiale] est la musique de Mozart et de Salieri. Sachant cela, ça va nécessairement modifier ma manière de jouer.» 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi : Amadeus

Quand : du 24 avril au 19 mai

Où : Grand théâtre de Québec

Billets : de 29 $ à 45,50 $

Tél. : 1 877 643-8131

Info : letrident.com