Marjorie Vaillancourt et Jules Ronfard prêtent vie aux personnages confinés dans une caverne dans «Lascaux».

«Lascaux»: une caverne entre deux mondes

CRITIQUE / Une atmosphère de fin du monde plane ces jours-ci au Périscope… Ou à moins que ça en soit une d’espoir et de renouveau? Deux personnages incarnent ces extrêmes dans «Lascaux», un spectacle visuellement soigné, mais qui cherche un peu sa niche et qui n’évite pas certaines longueurs.

Dans une mise en scène de Jasmine Dubé et Pierre Robitaille, Lascaux propose une sorte de huis clos métaphorique, alors que Madeleine (Marjorie Vaillancourt), une femme vivant en zone de guerre et fuyant une attaque tombe au fond d’une caverne habitée par Dordogne (à qui Éva Daigle prête voix), une tortue millénaire ayant vu le début du monde et qui, on s’en doute, en verra aussi la fin… Qu’elle soit proche ou encore lointaine.

D’abord désespérée et accablée par la solitude, Madeleine trouvera une raison de continuer en comprenant qu’elle porte un enfant. Il faudra vivre pour son fils, Lascaux (Jules Ronfard). Pour lui donner les outils qui lui permettront de retrouver la société des hommes, même si elle ignore si celle-ci existe toujours à la surface. De l’amour et de l’engagement, en somme.

Coproduction du Théâtre Bouches Décousues de Montréal et de Pupulus Mordicus de Québec, ce nouveau spectacle, qui germe dans la tête de l’auteure Jasmine Dubé depuis 2005, met à profit les jeux d’ombres et la manipulation d’une marionnette, choisie pour personnifier le jeune Lascaux.

Visuellement, la pièce est bien servie. Très sombre dans la première partie du spectacle, la caverne créée au Périscope prend à bien des égards des allures de cocon lorsque l’enfant s’y installe. Le récit se déploie dans une succession de courtes scènes entrecoupées de moments lors desquels la salle est plongée dans l’obscurité complète, au son d’une cascade rappelant en l’amplifiant le temps qui s’écoule dans un sablier. Soulignons d’ailleurs le travail de conception sonore très efficace de Christophe Papadimitriou, qui renforce vraiment l’ambiance à la fois poétique et troglodyte de la proposition.

Entre deux chaises

Au final, on a toutefois un peu l’impression d’être assis entre deux chaises avec ce spectacle. D’une part, il y a cette facture rappelant le théâtre jeunesse dans la simplicité de l’histoire, la naïveté dictée par le personnage de Lascaux et le texte truffé de jeux de mots. D’autre part, même si l’espoir est bel et bien de la partie, on a affaire à sujet sombre. Le personnage de la mère, survivante d’une sorte d’apocalypse qui se retrouve fin seule et coupée du monde — avec la douleur que cette situation engendre —, n’a certainement pas été imaginé pour les tout-petits… Le Périscope recommande d’ailleurs la pièce à des spectateurs âgés de 12 ans et plus.

Il y a de surcroît le rythme imposé par la narration de cette tortue à la fois invisible et omniprésente… Et surtout omnisciente. C’est lent, ça peut devenir un brin monotone et on a malheureusement perdu ici et là quelques bribes de ce qu’elle avait à nous dire à la première de mardi...

La pièce Lascaux est présentée au Périscope jusqu’au 2 février.