Une cinquantaine de photos composent le parcours déambulatoire «La porte du non-retour», consacré aux drames vécus par les réfugiés et les déplacés internes en Afrique de l’Ouest et en République démocratique du Congo.

«La porte du non-retour»: au coeur de la tragédie africaine

Une partie de l’Afrique se meurt. Encore et toujours. Jadis, pendant la traite des Noirs, 50 millions de ses habitants ont été arrachés à leurs terres. Aujourd’hui, ce coin de la planète est ravagé par des guerres au nom de l’intérêt économique de l’Occident. «C’est la faillite de l’humanité. C’est l’âme du monde que l’on saigne. Qu’est-ce que ça va prendre pour que ça arrête?»

Dans notre casque d’écoute, les mots empreints d’une poésie noire de l’auteur, metteur en scène et photographe Philippe Ducros résonnent. Aux murs du Théâtre Périscope, où se tient jusqu’au 12 février le parcours déambulatoire théâtral et photographique La porte du non-retour, dans le cadre du Mois Multi, une cinquantaine d’images invitent à la réflexion, au gré du monologue intérieur de leur auteur qui montre et décrit toutes ces «petites fins du monde» vécues par certains peuples africains.

Ces clichés, Philippe Ducros les a pris pendant deux voyages en Afrique de l’Ouest et en République démocratique du Congo, en 2008 et 2010. Des visages d’hommes, de femmes et d’enfants condamnés à survivre au désespoir, dans des camps de réfugiés. Des déplacés de guerre qui côtoient une misère sans fin. Malgré l’horreur, quelques sourires. «Ils ont tous le même regard, relate Ducros, celui de la volonté de vivre et de revenir un jour à un endroit qu’ils pourraient nommer chez eux. Ailleurs qu’en Cauchemardie.»

Dans les salles noires du Périscope, avec en toile de fond une musique anxiogène, les images et les mots s’impriment dans notre esprit. Ici et là, des tableaux explicatifs. Comme celui expliquant le décret qui a fait du roi des Belges, Léopold II, propriétaire exclusif des terres du Congo en 1885. Ou cette autre dictature sanglante du maréchal Mobutu Sese Seko, et le triste règne de son successeur Laurent-Désiré Kabila. 

Des richesses pillées

La prose de Ducros se fait parfois dure. Il murmure à nos oreilles sa révolte, sa colère, son désespoir, sa rage, son impuissance. Le récit du viol d’une femme glace le sang. Il pointe d’un doigt accusateur l’Occident, endormi dans son confort, occupé à «faire semblant», et aussi les firmes minières, dont beaucoup sont canadiennes, qui pillent les richesses africaines sans vergogne pour mieux engraisser leurs actionnaires. «Peut-être que l’humanité est juste une entreprise cotée en bourse? Cette terre d’Afrique n’est plus celle des hommes, c’est celle des minéraux.»

La porte du non-retour est le nom d’un monument qu’on retrouve à quelques endroits en Afrique, en mémoire des millions d’esclaves déportés vers l’Amérique. Tous savaient qu’une fois passée cette porte, ils ne reviendraient plus jamais. D’une certaine façon, force est de constater avec raison que Ducros n’est jamais revenu des camps africains.