Marco Collin

«Là où le sang se mêle»: important dialogue

CRITIQUE / Dans un contexte culturel (et un médium théâtral) où les voix des Premières Nations sont sous-représentées, de voir une pièce comme «Là où le sang se mêle» revêt une pertinence certaine. Si la version mise en scène par Charles Bender présentée ces jours-ci au Diamant n’évite pas quelques maladresses, on doit saluer cette main tendue et cette ouverture au dialogue.

Traduit de l’anglais par Bender, le texte original de Kevin Loring a été récompensé d’un prix du Gouverneur général en 2009. On peut comprendre pourquoi, si l’on considère la portée sociale qu’il peut offrir dans un discours public où les Autochtones sont souvent réduits à des stéréotypes.

Pourtant, loin de mettre des lunettes roses, l’auteur joue d’abord lui-même dans les mêmes eaux avant d’approfondir la question. Si le titre de Là où le sang se mêle fait référence au croisement de deux rivières, une grande partie des scènes de la pièce se déroulent dans un bar, où les amis d’enfance Floyd (Marco Collin) et Quêteux (Charles Bender) viennent s’échouer. S’ils se colletaillent avec une certaine bonhommie sous les yeux d’un barman blanc (Xavier Huard) qui leur fait crédit, leur trouble est grand. Tous deux survivants des pensionnats autochtones, ils vivent avec les conséquences des sévices qu’ils ont subis : alcoolisme, consommation de drogue, criminalité, violence, problème de jeu… 

Le retour dans la région de la fille de Floyd viendra bouleverser un certain ordre établi où chacun a enfoui ses traumatismes. Fillette, Christine (Soleil Launière) a été enlevée à son père endeuillé jugé inapte à prendre soin d’elle. Élevée en ville, elle souhaite reconnecter avec ses racines et connaître sa propre histoire. Sa présence viendra malgré elle rouvrir des blessures… Mais aussi lancer un dialogue libérateur.

Au centre de la pièce «Là où le sang se mêle» se trouvent deux amis d’enfance survivants des pensionnats autochtones, interprétés par Marco Collin et Charles Bender.

Échanges

Après le spectacle Muliats, il s’agit de la deuxième production de la compagnie Menuentakuan, qui se donne notamment pour mandat de «promouvoir les échanges et les collaborations entre les peuples autochtones et non autochtones par le biais d’événements artistiques». Là-dessus, l’équipe peut dire mission accomplie : les spectateurs sont même invités à rester après la représentation pour déguster un thé du Labrador et prendre part à un «cercle de guérison».

Justement disposé de manière circulaire, le public aura accès à différents côtés de la médaille tout au long de la pièce, qui joue parfois d’humour, qui peut se faire plus crue — des ivrognes, ça ne fait pas toujours dans la dentelle… —, mais qui cherche aussi à aller loin dans l’émotion. 

À ce chapitre, on peut reprocher au spectacle d’en faire un peu trop. Dans la justification des comportements des personnages de Floyd et de Quêteux, on frôle parfois le didactique, quitte à livrer des dialogues qui manquent de naturel. On peut observer la même lacune dans les segments voulus comiques joués plus gros, notamment dans des conversations de gars chauds ou des crises du personnage de June (Emilie Monnet), qui a d’autres occasions de toucher plus en subtilité. On a finalement l’impression d’enfoncer une porte ouverte quand la musique ajoute un côté mélodramatique à une scène déjà émotionnellement chargée. 

Mais on sent que c’est fait avec cœur. Et la métaphore finale livrée par Quêteux a de quoi donner matière à réflexion pour un bon petit moment. 

La pièce Là où le sang se mêle est présentée au Diamant jusqu’au 12 octobre. Elle sera suivie le 13 octobre dès 13h par une table ronde et une lecture musicale à laquelle prendront notamment part Charles Bender et Emilie Monnet. Accès gratuit. Les 100 premières personnes y auront accès.