Les deux auteurs de The Jungle, Joe Robertson et Joe Murphy ont découvert en 2015 la Jungle de Calais, un camp de migrants installé dans la ville côtière du nord de la France.

La Jungle de Calais à Londres

LONDRES — Un jeune garçon retrouvé mort sur une route, l’air qui s’emplit peu à peu de fumée, la police qui s’apprête à charger : à Londres, un théâtre recrée le quotidien du camp de migrants de la Jungle de Calais.

«Nous avons voulu retracer la formation de cette microsociété, puis sa destruction», explique à l’AFP Joe Murphy, l’un des deux auteurs de The Jungle, une pièce présentée sur la scène du Young Vic Theater.

Avec son camarade Joe Robertson, âgé de 27 ans comme lui, ils ont découvert en 2015 le camp, installé dans la ville côtière du nord de la France. Ils y ont créé le Théâtre du Possible (The Good Chance Theater) sous un dôme géodésique racheté d’occasion et invité les migrants à se produire lors de performances nocturnes ouvertes à tous.

Trois d’entre eux participent à leur dernière création, qui dévoile des tranches de vie de ces hommes et femmes qui cherchaient à tout prix un moyen de passer au Royaume-Uni.

Au total, 33 migrants ont perdu la vie en 2015 et 2016 à proximité du camp, le plus souvent percutés par des véhicules lorsqu’ils tentaient de pénétrer dans des camions ou des trains qui devaient traverser le tunnel sous la Manche. Des épisodes douloureux et qui provoquent parfois les larmes, chez les spectateurs comme chez les acteurs.

Espoir et détresse

Très controversé, le camp a souvent été considéré comme le résultat des accords du Touquet de 2003, qui fixent la frontière britannique à Calais, y créant ainsi un goulot d’étranglement pour les émigrés cherchant à traverser la Manche.

Entre espoir et détresse, la pièce montre comment ces milliers de migrants, de nationalités différentes, ont essayé de vivre ensemble. Elle fait également apparaître des volontaires britanniques bien intentionnés mais parfois naïfs, débarquant avec leurs sacs à dos et quelques provisions à partager.

«On a cherché a être aussi honnête que possible sur le rôle qu’on a nous-même joué à Calais, comme sur celui des migrants», dit Joe Robertson.

Ammar Haj Ahmad, un réfugié syrien, joue le personnage central de la pièce.

«Mon rôle, c’est d’inviter les spectateurs à s’exposer, comme moi, à révéler leur vulnérabilité», dit-il. «Derrière les larmes qu’on n’arrive pas toujours à retenir, on regarde les gens dans les yeux pour leur dire “maintenant vous savez!”».

Les auteurs de la pièce se rendront dans le courant du mois de janvier à Paris, pour rouvrir leur Théâtre du Possible. Le chapiteau utilisé à Calais sera cette fois-ci installé à la Porte de la Chapelle, à proximité du «Centre de premier accueil» qui héberge quotidiennement des centaines de demandeurs d’asile.