François-Guillaume Leblanc, Paul Fruteau de Laclos et Valérie Boutin incarnent les bouffons de La cour suprême.

La cour suprême: le temps des bouffons

CRITIQUE / Un joyeux délire attend les spectateurs qui se pointent ces jours-ci à Premier Acte. Sous les bons soins de la compagnie Hommeries!, la saison débute dans l'excès, la caricature et les grimaces au théâtre de l'avenue de Salaberry.
Avec le spectacle La Cour suprême, les comédiens et auteurs François-Guillaume Leblanc, Paul Fruteau de Laclos et Valérie Boutin s'en sont donné à coeur joie en s'appropriant l'art grinçant du bouffon. Dans des costumes grotesques qui rendent leur corps difforme, ils deviennent Wannabe, Douchebag et Lacharrue, trois créatures sans filtre, vulgaires et à la langue bien pendue, capables des pitreries - et digressions - les plus absurdes pour se moquer de certains travers de notre société.
En entrant dans la salle de Premier Acte, les spectateurs sont immédiatement confrontés aux trois clowns trash qui ne sont pas super mignons (et pas trop vêtus ni épilés non plus...), mais qui ont le mérite d'être accueillants : une petite sucrerie offerte par l'une, un selfie réclamé par l'autre, un troisième qui s'assure de nous faire savoir qu'on était attendu. Et que dire du traitement qui sera réservé aux spectateurs qui voudront jouer les VIP? C'est du sérieux... Ou c'est plutôt le contraire.
Comme le titre du spectacle l'indique, nous entrons ici dans un abracadabrant tribunal. Un «crime de lèse-majesté» a été commis et les trois bouffons, jouant tour à tour le rôle du juge, des avocats et des témoins, cherchent un coupable. Mais ils font surtout le procès de manies plutôt répandues en cette époque d'image et de réseaux sociaux, où les opinions fusent sans nécessairement être les plus éclairées.
Pas loin de la réalité
On le  voit notamment lorsqu'est appelée à la barre cette amie Facebook en quête de «likes», au discours aussi volatile que contradictoire. De la vacuité et de l'absurde, certes, mais reste qu'on n'est pas trop loin de la réalité. Le tout est livré avec beaucoup d'efficacité par une Valérie Boutin affublée d'un accoutrement qui la contraint à littéralement traîner de la patte tout le long du spectacle : une jambe souffrant de gigantisme, l'autre mince et chaussée d'un escarpin. On niche pas trop loin du réel non plus quand nos trois lurons démontrent dans un excès de panique notre besoin d'être connecté et de connaître en tout temps le code du wifi...
Dans cette grande mascarade, le public est pris à témoin et quelques spectateurs sont plus directement mis à contribution. Ce n'est rien de bien méchant et le risque n'est pas trop grand puisque l'équipe installe un cadre et un filet de sécurité. Mais en bon français, il faut quand même être game... Tenez-vous-le pour dit!
La pièce La Cour suprême est présentée à Premier Acte jusqu'au 30 septembre.