Avec «Je me soulève», les sœurs Gabrielle et Véronique Côté orchestrent une fête de la poésie vive, colorée et inspirante.

«Je me soulève» : Pour la suite du monde

CRITIQUE / En prenant pour matière première théâtrale les mots de poètes d’ici, les sœurs Véronique et Gabrielle Côté n’avaient pas raté leur cible avec Attentat il y a quelques années. Voilà qu’elles récidivent avec une indéniable expertise et une force de frappe décuplée dans Je me soulève, qui vient de prendre l’affiche au Trident. Vive, colorée et inspirante, la fête de la poésie qu’elles pilotent déferle comme un vent de fraîcheur, un appel à l’action et un manifeste pour un avenir meilleur.

Comme pour Attentat, Je me soulève ne met pas de l’avant une histoire précise. Il s’agit plutôt d’un collage de textes empruntés à une trentaine d’auteurs contemporains portés à la scène dans une série de tableaux imagés qui surprennent, font rigoler, attendrissent ou fouettent. Pas de récit, donc, mais un fil conducteur bien présent et une progression vers une prise de position abordant la nécessité d’un engagement, d’un retour au collectif, de se préoccuper de ce qu’on léguera aux générations futures. Suite logique d’Attentat, Je me soulève reprend aussi là où la relecture d’Antigone nous avait laissés en mars sur la scène du Trident, dans une invitation à la désobéissance, à ébranler le statu quo. 

Dans un environnement scénique élaboré, mais qui garde un sympathique côté bricolé, une vingtaine d’interprètes prêtent vie au spectacle de dynamique manière, musicalement appuyés par le très habile duo de musiciens et chanteurs que forment Mykalle Bielinski et Josué Beaucage. Saluons aussi l’idée d’inclure à la troupe un groupe d’enfants. Les gestes simples qu’ils posent, leur présence mignonne ou attendrissante et les interactions qu’ils ont avec les adultes mettent en exergue certains éléments centraux du propos. La force du nombre fait son effet, ici.

Tons variés 

Parmi les moments marquants de Je me soulève, citons ces deux textes inédits signés par Véronique Côté (livré par Olivier Arteau) et Elkahna Talbi (slamé par elle-même), qui viennent lier l’ensemble. Ariel Charest frappe un grand coup en s’aventurant dans les mots de Marjolaine Beauchamp (M.I.L.F.), surtout que sa tirade, ponctuée d’un clin d’œil à Rage Against the Machine, est suivie d’un très beau et lent segment lors duquel les acteurs viennent cueillir les enfants afin de leur faire traverser la scène en les tenant dans leurs bras. Une image de bienveillance qui donne tout son sens à l’expression «porter l’avenir».

Dans un rayon plus léger, laissons la palme à Olivier Normand, qui se bat littéralement avec son petit déjeuner, gants de boxe aux poings et prononçant son texte avec un protecteur buccal. La pièce donne aussi lieu à une surréaliste mêlée de presse en zone inondée ou à un hilarant échange inspiré d’un catalogue IKEA, déclamé avec beaucoup trop d’intensité par Gabriel Fournier et Maxime Beauregard-Martin.

En variant les tons, Véronique et Gabrielle Côté (qui signent le collage de textes et la mise en scène) creusent leur sillon et nous amènent petit à petit à une finale festive, inclusive, percutante : sans trop en révéler, avançons seulement qu’elle se déroule au son des mots de la députée solidaire Catherine Dorion.

On ressort de l’exercice grisé, inspiré et joyeux, avec l’envie folle de replonger dans les textes de tous ces auteurs d’ici. Véritables ambassadrices de la poésie québécoise, les sœurs Côté ont de nouveau réussi leur coup.

Le spectacle Je me soulève est présenté au Trident jusqu’au 18 mai.