La comédienne Catherine Allard captive par sa fougue, sa justesse et sa passion.

«Je cherche une maison qui vous ressemble»: chercher la flamme perdue

CRITIQUE / «C’est un hommage que je veux faire. Pas une tragédie grecque», lance à un moment Catherine Allard dans «Je cherche une maison qui vous ressemble», spectacle inspiré de Pauline Julien et Gérald Godin qui s’est installé au Périscope mardi. Et quel hommage ses complices et elle leur rendent! Vivant, vibrant, minutieux, senti… On en ressort gonflé d’inspiration, mais aussi d’une grisante nostalgie.

Alliant théâtre, chanson et poésie; mettant à profit des images d’archives et des extraits de la correspondance du couple (rassemblée dans le livre La renarde et le mal peigné), le spectacle créé l’an dernier à Montréal multiplie les angles d’attaque pour couvrir son sujet. Et il s’avère d’une indéniable efficacité.

Instigatrice du projet, la comédienne Catherine Allard a eu l’idée de cet hommage pour souligner le 20e anniversaire du décès de Pauline Julien, qui s’est enlevé la vie en octobre 1998. Elle s’est entourée de l’autrice Marie-Christine Lê-Huu et du metteur en scène Benoît Vermeulen. Sur scène, elle côtoie le comédien Gabriel Robichaud et les musiciens Gaël Lane Lépine et Cédric Dind-Lavoie. Une solide équipe, en somme. Mais en répliques comme en chansons, c’est vraiment elle qui captive par sa fougue, sa justesse et sa passion. 

Une grande histoire

L’histoire de Pauline Julien et de Gérald Godin en est une grande. D’amour et de politique, de poésie et de fierté, de ferveur et de soif d’émancipation, d’action et d’engagement plutôt que de passivité. C’est une histoire tragique, aussi, quand on pense que cet homme d’idées a été emporté par un cancer du cerveau et que cette femme de mots, frappée par une aphasie dégénérative, les a peu à peu perdus. Je cherche une maison qui vous ressemble navigue dans tous ces aspects avec agilité, avec des personnages qui se racontent eux-mêmes à diverses époques de leur vie, à travers leurs œuvres… et même après leur mort. 

On apprécie d’ailleurs ces moments où les interprètes et leurs sujets se répondent. Comme cet instant où Robichaud commence à réciter l’Énumération de Godin, qui terminera le texte sur l’écran dans un extrait de La nuit de la poésie. Ou quand la vraie Pauline prend le relais pour la fin du Temps des vivants

Afin de mettre leur hommage dans un contexte actuel, les comédiens vont jusqu’à «tricher» en faisant tomber le quatrième mur. À plusieurs reprises, Catherine Allard et Gabriel Robichaud abandonnent leurs personnages pour expliquer leurs motivations ou leurs doutes concernant le projet souverainiste. La pièce met en exergue le fait que Pauline Julien et Gérald Godin représentent le symbole d’une «époque incandescente» de l’histoire du Québec. Une époque révolue, pouvons-nous aussi avancer. Catherine Allard fait le pari que de voir le feu qui animait ces amoureux peut encore être contagieux. De quoi doublement attiser la nostalgie, tant de ceux qui y étaient que de ceux qui auraient sans doute aimé y être...

Le spectacle Je cherche une maison qui vous ressemble est présenté au Périscope jusqu’au 19 octobre. Il se promènera aux quatre coins du Québec d’ici au printemps 2020.