Image du projet Le Diamant de Robert Lepage

Incursion dans le futur Diamant

Seul sur scène, avec l’appui de nombreux éléments visuels comme dans ses spectacles, Robert Lepage a levé le voile mardi sur les grandes lignes du projet Le Diamant, qui devrait ouvrir ses portes à Place d’Youville au printemps 2019. Un projet de 54 millions $, «très complexe et à plusieurs volets», qui permettra la présentation d’un vaste éventail de spectacles.

Après avoir livré un petit cours d’histoire comme lui seul sait le faire, sur l’origine du nom du futur complexe — en lien avec le cap Diamant, sur lequel Jacques Cartier croyait avoir vu scintiller des fragments du précieux minerai — le comédien et metteur en scène s’est attardé sur l’évolution de Place d’Youville au fil des décennies. Ainsi a-t-on appris que c’est grâce au travail de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy que l’ancien immeuble du YMCA, où s’installera Le Diamant, a été inauguré en 1880.

Revenu d’Athènes la veille, spécialement pour cette présentation faite au Complexe Méduse, le maître d’oeuvre d’Ex Machina a fait appel à la magie des effets spéciaux pour faire découvrir les multiples facettes du Diamant. Ainsi, la façade en pierre de l’édifice sera entièrement restaurée, de même que les fenêtres, les lucarnes et le toit mansardé d’époque. Histoire de mettre en valeur son nom, l’édifice sera serti de verre sur plusieurs côtés. Sa façade ouest sera agrémentée d’une fresque évoquant l’ancienne annexe sportive.

Image du projet Le Diamant de Robert Lepage

Au sujet de l’aspect de l’édifice, conçu sous la gouverne de Marie-Chantal Croft, architecte associée chez Coarchitecture, Lepage a rappelé les propriétés du diamant. «C’est quelque chose de brillant, de lumineux, de précieux et, peut-être, éternel.»

L’édifice, a-t-il insisté, rappellera «la trame urbaine originale du quartier», de l’époque pré-autoroute Dufferin, alors que la côte d’Abraham rejoignait la rue d’Aiguillon. «Nous avons voulu faire une forme contemporaine et avant-gardiste qui s’inscrit dans le respect de la tradition.»

À l’intérieur, une salle de diffusion d’une capacité de 625 places pourra se décliner en plusieurs configurations, selon le type de spectacle (théâtre, opéra, comédie musicale...). Des gradins rétractables permettront de transformer le lieu en studio de cinéma ou de télé. Un grand écran permettra également la diffusion de films. En cela, Lepage souhaite voir le Diamant devenir le «quartier général» du Festival de cinéma de la Ville de Québec «qui a le vent dans les voiles».

Une terrasse d’inspiration japonaise — le projet compte quelques bailleurs de fonds privés originaires du pays du Soleil levant — offrira une vue privilégiée sur Place d’Youville et le Palais Montcalm. Avec la présence à proximité du Capitole, a soutenu Lepage, le Diamant permettra à ce coin de la ville d’avoir, à l’instar de Montréal, son quartier des spectacles.

Budget respecté

En mêlée de presse, Lepage n’a pas caché que la course au financement n’a pas été la partie la plus agréable de l’exercice. «Il a fallu convaincre qu’il s’agissait d’un outil essentiel pour l’économie et la vie culturelle de Québec. J’ai l’habitude de diriger des spectacles et de jouer, alors aller cogner aux portes a été l’aspect le plus difficile. Mais ç’a valu la peine de travailler fort.»

Le metteur en scè­­ne Robert Lepage et le directeur général Bernard Gilbert ont dévoilé les grandes lignes du Diamant, dont les portes devraient ouvrir en 2019.

Le Diamant est financé par les trois paliers de gouvernement, soit 30 millions $ issus de Québec, 10 millions $ d’Ottawa et 7 millions $ de la Ville de Québec. Plus de 4,5 millions $ ont été recueillis auprès d’investisseurs privés.

«Le chantier lève de terre à la vitesse prévue, a indiqué le directeur général Bernard Gilbert, pour qui «il n’est pas question» de demander des fonds publics supplémentaires. «On est capable de vivre à l’intérieur de l’enveloppe budgétaire.»

La fin des travaux est prévue pour le printemps 2019, mais M. Gilbert estime que Ex Machiina aura besoin de «quelques mois» pour l’installation des outils technologiques et de ses bureaux. Le spectacle inaugural devrait suivre peu de temps après.

Image du projet Le Diamant de Robert Lepage

UN LIEN ACCESSIBLE À TOUS

Foi de Robert Lepage, le Diamant ne deviendra pas la chasse gardée des «branchés, des privilégiés et des bourgeois» de la capitale. Le créateur et metteur en scène compte militer pour que «ce lieu soit celui de toutes les classes sociales».

«Le travail d’Ex Machina est accessible, mais c’est le prix des billets qui ne l’est pas. On compte s’attaquer à cette problématique», explique-t-il en entrevue au Soleil, à la suite de la présentation publique des grandes lignes du projet.

«Les gens connaissent peu le répertoire d’Ex-Machina, poursuit-il. On présente peut-être le quart de ce qui se fait à Québec. Le Diamant va permettre de le faire. Ça va amener de l’énergie. Je considère qu’il y a beaucoup de projets intéressants qui sont un peu comme des wagons. Le Diamant agira peut-être comme une sorte de locomotive […] Je ne crois pas que les gens vont trouver de la redite en comparaison de ce qui se fait dans les autres théâtres.»

Même s’il est prématuré d’aborder la programmation de la saison un du Diamant, Robert Lepage avance que «plein de spectacles d’Ex Machina» y seront présentés, dont, «à un moment donné», sa très courue pièce autobiographique 887.

Pour le reste, Robert Lepage est plus que jamais un citoyen du monde. Revenu la veille d’Athènes, où il présente 887 dans le cadre d’une tournée européenne, l’artiste «de nouvelles représentations en France de la pièce Quills, sans oublier plusieurs autres projets, dont un opéra en collaboration avec le Théâtre du Soleil, à Paris. Qu’il espère présenter un de ces quatre au Diamant...