Dans Hidden Paradise, Marc Béland et Alix Dufresne se livrent à une dénonciation de l’évasion fiscale par l’entremise d’une déconstruction du langage et du corps.

Hidden Paradise: L'évasion fiscale sous la loupe

C’était un matin de février en 2015. Au volant de son automobile, la radio branchée à Ici Radio-Canada Première, Marc Béland écoute l’économiste et philosophe Alain Denault expliquer à Marie-France Bazzo les désastreuses conséquences de l’évasion fiscale sur la vie du simple citoyen. La colère monte en lui.

De retour à la maison, il partage son état d’esprit à sa compagne, la metteure en scène et dramaturge Alix Dufresne qui communie sur le champ à son état d’esprit. De cette double indignation est née l’idée de Hidden Paradise, œuvre hybride où le couple revisite le verbatim de l’entrevue dans son intégralité, en boucle, pendant une heure, à travers une déconstruction du langage et du corps.

«Je me disais, au volant de mon auto, comment on pouvait ne pas être scandalisé par cet état de fait qui est sous notre nez tous les jours, dénonce le comédien danseur. J’étais sidéré de voir tout cet argent détourné, comment les services sociaux et le système d’éducation en souffraient. Ensuite, on nous demande de payer avec nos taxes. Tout cela, avec des lois votées par nos gouvernements.»

«On a l’impression que ça ne nous concerne pas, mais on en pâtit tous au quotidien», renchérit Alix Dufresne, dont la récente mise en scène de La déesse des mouches à feu, au théâtre Quat’Sous, à Montréal, lui a valu un concert d’éloges.

Marteler l’entrevue

Ce manifeste politico-théâtral mise sur la répétition de l’entrevue originale, six fois au total, sous des rythmes divers, entre lenteur et rapidité, pour mieux ancrer le propos de Deneault dans l’esprit du spectateur. Marc Béland est l’alter ego de l’économiste, Alix Dufresne la voix de l’animatrice. Chacun a appris l’entrevue à la virgule près afin de marier la chorégraphie, parfois loufoque, à chaque phrase.

PHOTO XAVIER LALIBERTÉ

«On n’avait aucune idée si ça allait marcher. Ce n’était pas tout à fait la recette du succès. On se disait ça passe ou ça casse», lance Béland. «La seule instruction qu’on s’était donnée, c’était de la faire plusieurs fois. On va l’apprendre par cœur, on va la marteler, reprend Alix Dufresne. On n’a pas cherché un sens, mais comment le mouvement peut contribuer à cette absurdité.»

Au final, la répétition a eu son effet sur le public, expliquent les deux dramaturges qui ont créé la pièce en résidence en Belgique avant de la présenter il y a trois ans au Festival TransAmériques (FTA), à Montréal.

Sentiment d’impuissance

«Les gens se sentent tout à coup galvanisés par le propos. Ça finit par les rejoindre», mentionne Marc Béland. «Quand on écoute l’entrevue, on comprend, mais quand on la fait en dansant, on comprend encore mieux, ça rentre plus loin. Comme si le corps traduisait quelque chose», ajoute Alix Dufresne.

Hidden Paradise — le titre anglais se voulant le reflet du langage universel du monde des affaires — est un appel à l’engagement afin que la population réalise que l’évasion fiscale contribue à la perpétuation des injustices structurelles et sociales. Plus l’argent des plus riches est détourné dans des paradis fiscaux, plus la classe moyenne et les plus pauvres écopent.

«Les gens sont au courant de la problématique, mais soulignent leur impuissance [à changer les choses], explique Marc Béland. On n’apporte pas de solutions. On essaie, par nos moyens artistiques, d’amener cette problématique sur la scène.»

Dans Hidden Paradise, Marc Béland et Alix Dufresne se livrent à une dénonciation de l’évasion fiscale par l’entremise d’une déconstruction du langage et du corps.

D’où l’importance pour les deux artistes de pouvoir en discuter avec le public, à l’issue de leur performance. Les spectateurs pourront le faire après la représentation du 6 juin. «Ce show ne fait pas de sens si les gens ne peuvent pas s’exprimer. Pour moi, quand je parle au public, c’est le meilleur moment du spectacle», termine Alix Dufresne.

Hidden Paradise est présenté les 5 et 6 juin, à 21h, au Théâtre Périscope.