Tout au long du spectacle, Martin Schick (à droite) s’évertue à diviser ses avoirs pour en offrir la moitié à quelqu’un qui en aurait besoin. La moitié de la scène est ainsi mise à la disposition d’un danseur «économiquement troublé» (quoique René-Charles Audet, qui a embrassé le rôle à la première, nous a semblé loin de la misère!).

«Halfbreadtechnique»: «Que c’est beau, le partage!»

CRITIQUE / Existe-t-il en Suisse une expression équivalente au bon vieux «t’es pas game»? Sans doute. Et quelle qu’elle soit, Martin Schick l’avait probablement en tête au moment de créer «Halfbreadtechnique», singulier spectacle présenté mardi à La Bordée en ouverture du 19e Carrefour international de théâtre.

La proposition s’avère à la fois ludique et réfléchie, mordante et franchement drôle. Et elle prend souvent des airs de sympathique défi lancé par l’artiste à lui-même et à son public. D’une part, Schick est «game» de se départir d’une grande partie de sa scène, de pratiquement tout son cachet et même d’un joli t-shirt à l’effigie d’une poutine dans son exposé sur la générosité. De l’autre, les spectateurs volontaires sont invités à se mettre en scène dans une rencontre où le maître de jeu aura maintes occasions d’observer «que c’est beau, le partage!»

On pourrait traduire Halfbreadtechnique par «la technique du demi-pain»… Et c’est exactement de cette façon que Martin Schick lance son argumentaire: un petit pain séparé en deux pour en offrir la moitié à un spectateur. Vous n’en voulez pas? Tant pis, parce que ce n’est pas pour vous qu’il le fait, mais pour lui-même. 

Citant des exemples d’actes de charité initiés par les milliardaires Bill Gates ou Warren Buffett, Schick part de la prémisse que le fait de donner ne signifie pas nécessairement de perdre quelque chose. Même que le donateur en retire souvent des bénéfices, notamment liés à son image. Le spectacle est d’ailleurs né d’une subvention reçue de la multinationale Nestlé — dont Schick souligne un sondage l’ayant élue «la moins éthique» des 25 dernières années — via sa fondation pour l’art. Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on. Et c’est beaucoup cette idée que la générosité peut être motivée par une part d’égoïsme qui sous-tend le propos. 

Tout au long du spectacle, Martin Schick s’évertue donc à diviser ses avoirs (de sa gomme à mâcher à ses applaudissements) pour en offrir la moitié à quelqu’un qui en aurait besoin. La moitié de la scène est ainsi mise à la disposition d’un danseur «économiquement troublé» (quoique René-Charles Audet, qui a embrassé le rôle à la première, nous a semblé loin de la misère!), qui empochera la moitié du cachet de l’artiste suisse. Celui-ci continuera à diviser les planches pour des spectateurs souhaitant récolter quelques dollars: la moitié de la moitié de son cachet, puis la moitié de la moitié de la moitié… Jusqu’à ce qu’il ne reste dans ses poches que ce qu’il faut pour s’offrir un cocktail. Un verre à partager, il va sans dire. 

Halfbreadtechnique est présenté de nouveau mercredi soir à La Bordée. La représentation sera suivie d’un entretien avec Martin Schick… Au théâtre ou au bar, ça reste à voir!