Présenté au Carrefour international de théâtre par la compagnie berlinoise Rimini Protokoll «Granma. Les trombones de La Havane» donne au spectateur l’occasion de faire la connaissance de quatre jeunes Cubains, petits-enfants de révolutionnaires.

«Granma. Les trombones de La Havane»: fascinante rencontre

CRITIQUE / Sur l’écran géant de la salle Multi du complexe Méduse, alors que la pièce Granma. Les trombones de La Havane tire à sa fin, on peut voir les vagues se briser sur le Malecón tandis que la caméra vient momentanément se poser sur un bus de touristes. Après deux heures d’une fascinante rencontre qui nous amène au cœur de l’histoire récente cubaine et à mille lieues de l’expérience réductrice du «tout inclus», l’image a de quoi frapper l’imaginaire...

Présenté au Carrefour international de théâtre par la compagnie berlinoise Rimini Protokoll Granma. Les trombones de La Havane donne au spectateur l’occasion de faire la connaissance de quatre jeunes Cubains, petits-enfants de révolutionnaires. Alors que leur pays vit de nouveau de grandes transformations, ceux-ci décortiquent les changements politiques et sociaux qui ont marqué les dernières décennies sur l’île caribéenne à travers le parcours de leurs grands-parents et leur propre vécu. Dense en contenu informatif, la singulière expérience n’en demeure pas moins franchement sympathique.

Granma… (d’après le nom du yacht emprunté par Fidel Castro pour lancer la révolution en 1956) niche quelque part entre la conférence, le cours d’histoire, le partage de confidences et le concert musical. Parce que les trombones annoncés dans le titre sont bel et bien présents (trois des quatre interprètes ont appris à en jouer pour l’occasion), venant ponctuer le récit de belle façon.

Leurs grands-parents ont été politicien, militaire, musicien, militante. Et ils ont tous à leur manière été impliqués dans la révolution castriste. Daniel, Christian, Diana et Milagro n’ont pas nécessairement suivi directement leur trace, mais ils posent un regard sur leur legs avec lucidité, humour, mais aussi beaucoup de tendresse et une grande fierté. À ce propos, l’apport de certains aînés, qui participent au spectacle via vidéo, s’avère particulièrement évocateur.

Dans un chassé-croisé d’anecdotes personnelles et de rappels historiques, les dernières décennies de l’histoire cubaine prennent vie en paroles (le spectacle en espagnol et en anglais est surtitré en français) et sur les écrans géants, qui accueilleront toute une galerie d’images d’archives. Les interprètes utiliseront tantôt la vidéo en direct pour mettre en scène certains événements historiques. Et disons que la passion cubaine pour le baseball ne passera pas inaperçue dans certaines prises de position plus expéditives!

On ressort du spectacle avec le sentiment d’avoir élargi nos horizons, mais aussi d’avoir partagé une véritable expérience humaine avec des jeunes dont le pays se trouve à la croisée des chemins, qui ne l’ont pas facile, mais pour qui tous les espoirs sont permis. À voir le sourire radieux de nos quatre hôtes et leurs mines émues devant l’ovation qui leur a été réservée à la première de dimanche, gageons que le sentiment a été réciproque.

La pièce documentaire Granma. Les trombones de La Havane est présentée de nouveau à la salle Multi de Méduse les 4 et 5 juin.