Avec «Foreman», l’auteur et comédien Charles Fournier offre une réflexion percutante et truffée de pointes d’humour sur la masculinité.

«Foreman»: l’homme qui a vu l’homme...

CRITIQUE / «C’est beau un homme», chantait Shirley Théroux dans les années 60. Et c’est compliqué, rétorque près de six décennies plus tard Charles Fournier dans sa pièce «Foreman», qui a pris l’affiche au Périscope. Avec une plume percutante et de redoutables pointes d’humour, l’auteur et comédien offre une réflexion fort à propos sur la masculinité, à une époque où les stéréotypes ont la vie dure.

Foreman se décline en deux axes. D’une part, un tête-à-tête avec Carlos (très juste Charles Fournier), qui s’adresse directement au public en lui racontant des chapitres marquants de sa vie dans une quête maladive de dompter sa nature sensible et d’apprendre à être un dur, un «vrai mâle». De l’autre, la rencontre de quatre de ses amis d’enfance, qui se retrouvent à la campagne afin de lui offrir un moment de réconfort alors qu’il vit un deuil. L’alcool et le pot aidant, sans fille à séduire aux alentours, les langues se délient pour mettre en exergue plusieurs préoccupations qui hantent leur esprit de jeunes hommes modernes.

Mal à l’aise dans l’expression de leurs émotions, remplis d’insécurité par rapport à leur corps et à la démonstration de leur virilité, obsédés par l’idée de ne pas «avoir l’air fif», obnubilés par le désir de conquêtes féminines, mais soudainement inquiétés par des comportements passés (surtout en cette ère de #MoiAussi), élevés dans la perspective qui veut qu’un homme doit s’endurcir, faire de l’argent, être brave, ne pas pleurer, ne pas avoir froid, encore moins avoir peur… Entre deux bières et deux épisodes de colletaillage, les questions — superficielles ou existentielles — fusent. C’est là que la figure du contremaître de chantier, archétype d’une masculinité stéréotypée, s’impose comme un guide pour les plus jeunes. Sans doute pas le plus fin ni le plus sain, toutefois.

Ancien travailleur de la construction converti au théâtre, Charles Fournier pose un regard précis, parfois impitoyable, mais généralement bienveillant sur ces gars. On en vient vite à les reconnaître dans leur attitude faussement macho, dans leur sensibilité mal dissimulée, dans leurs niaiseries, aussi. Son texte s’avère vivant et ultra rythmé, truffé de références colorées et de punchs qui font crouler la salle de rire.

La chimie opère entre les interprètes Vincent Roy, Steven Lee Potvin, Pierre-Luc Désilets et Miguel Fontaine, qui campent un groupe d’amis parfois rudes les uns envers les autres, mais néanmoins solidaires. Leurs échanges terre-à-terre, voire gras, trouvent une couche supplémentaire de poésie dans la mise en scène très chorégraphiée cosignée par Marie-Hélène Gendreau et Olivier Arteau.

«On peut ben être fuckés», lance à un moment l’un des personnages, soulignant que les gars de son âge ont eu pour modèle des générations d’hommes affectés par un choc post-traumatique. On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas reçu, dit-on. Et c’est un peu là que nous amène Charles Fournier avec cette pièce qui culmine dans hommage au père, aussi imparfait soit-il, qui a bien fait son possible...

La pièce Foreman est présentée au Studio Marc-Doré du Périscope jusqu’au 4 mai. Le spectacle est offert en programme double avec Les Murailles d’Erika Soucy les 19 et 20 avril.