Lise Castonguay et Noémie O'Farrell dans la pièce Far Away, présentée au Musée national des beaux-arts jusqu'au 4 mars.

Far Away: l'horreur au creux de l'oreille

CRITIQUE / Histoire de guerre, de peur et de résilience, aussi, la pièce Far Away de Caryl Churchill teinte ces jours-ci d'un climat inquiétant l'auditorium du Musée national des beaux-arts. Alors que son titre évoque quelque chose de lointain, le texte et surtout la manière dont il est livré nous ramènent plutôt dans l'intime. Et l'horreur nous arrive tout doucement, chuchotée au creux de l'oreille.
Coproduction du Théâtre Blanc et de l'Escaouette, le spectacle mis en scène par Édith Patenaude propose une immersion plutôt impressionniste en zone de guerre. L'ennemi est diffus, mais on le sent partout, dans ce régime totalitaire brossé en quelques tableaux minimalistes et dans lequel les personnages tentent tant bien que mal de vivre leur vie.
Ça commence par une fillette (Noémie O'Farrell) qui, en pleine nuit, est témoin des agissements violents de son oncle envers des étrangers, premier signe de ce qui allait bientôt devenir banal. Ça se poursuit quelques années plus tard, alors que le climat de terreur s'est bel et bien installé et que l'enfant devenue grande travaille avec un collègue rêvant de changement (Ludger Beaulieu) à créer des chapeaux ludiques, mais destinés à un usage pour le moins morbide. 
Cette fable visuellement soignée où l'horreur est suggérée partout à mots couverts se déploie étonnamment, la plupart du temps, dans une grande douceur. Que ce soit avec cette tante (Lise Castonguay), qui essaie de rassurer sa jeune nièce en niant la violence qu'elle a vue, ou avec ces deux collègues, qui risquent leur peau si leur dissidence est entendue, les conversations qu'entretiennent les personnages sont truffées de tabous. Elles sont de celles qu'on tient à voix basse. Et c'est justement de cette manière que les acteurs livrent les dialogues, murmurés et captés par des micros. Il en résulte une atmosphère d'intimité et de proximité qui nous donne peu l'impression d'écouter aux portes...
Après cette succession de scènes tout en retenue, la violence est d'autant plus choquante lorsqu'elle nous explose en plein visage, sous la forme d'une parade surréaliste au son de musique techno. On fait de la mort un spectacle assourdissant, aveuglant, qui s'étire trop longtemps. Le malaise s'installe alors vraiment... Et c'est sans doute voulu. 
Far Away est présentée au pavillon Lassonde du Musée national des beaux-arts jusqu'au 4 mars. La pièce sera ensuite jouée à l'Escaouette de Moncton les 23 et 24 mars et au Théâtre Prospero de Montréal du 4 au 15 avril.