Marianne Bluteau, Blanche Gionet-Lavigne et Vincent Legault

«Entre autres»: enquête en polarité inversée

À l’origine du spectacle-documentaire «Entre autres», il y a le désir de remonter à la source des points de vue dissonants, de fouiller ce qui nous divise pour trouver ce qui nous rassemble. De jeunes citoyens, auteurs et comédiens se sont penchés sur quatre thématiques polarisantes et viennent raconter leur enquête dans la salle du Périscope, transformée en agora moderne.

La scène est blanche, carrée, entourée de bancs où l’on peut déjà imaginer des spectateurs qui se feront face, tout en étant tout près des comédiens. Un micro qui descend du plafond donne à l’aire de jeu une allure de ring de boxe, mais c’est aussi la patinoire de l’impro, ce lieu de rencontre où l’on construit des histoires ensemble, peu importe sa couleur de chandail.

«C’était important pour nous de ne pas être placé au-dessus de tout le monde. De présenter de jeunes citoyens qui s’intéressent à la société dans laquelle ils vont grandir, vieillir et peut-être avoir des enfants», explique Vincent Legault.

Celui-ci a rencontré des féministes convaincus et des antiféministes tout aussi convaincus. Il a entre autres interrogé Lise Bilodeau, qui travaille auprès des hommes qui seraient, selon elle, désavantagés dans les divorces et les séparations. «Elle croit que l’égalité serait déjà atteinte et que la place de la femme serait plus grande que celle de l’homme maintenant dans notre société», résume Vincent Legault.

«Entre autres» en répétition. À l'avant-plan, le metteur en scène Alexandre Fecteau, qui a aussi fait la dramaturgie du texte collectif.

Le fervent féministe constate que ses idées sont plus étoffées depuis qu’il est allé écouter d’autres points de vue que le sien. «Je suis beaucoup plus informé que je l’étais et je vais le rester. Être curieux, rester dans l’actualité, être intéressé par ce que les gens ont à dire, plutôt que d’avoir seulement une idée générale d’un certain problème, ça permet avancer», constate-t-il.

Blanche Gionet-Lavigne est allée rencontrer deux climatosceptiques qui mettent beaucoup d’énergie à défendre leur cause. «À ma première rencontre, j’ai eu l’impression de m’être fait avoir. Je n’ai pas eu accès à l’individu derrière les statistiques et des PowerPoint, raconte-t-elle. Sa discussion avec Christian Rioux, qui tient un blogue intitulé Science et politique, fut plus fructueuse. «J’ai mieux compris d’où venaient les arguments des climatosceptiques et, comme j’en parle dans le spectacle, beaucoup de faits qu’ils m’ont dits étaient vrais. À un certain moment, je me suis dit qu’ils étaient plus cohérents que moi, qui ne fais pas tout ce qu’il faut pour appuyer mes convictions écologiques», note-t-elle.

Comme les enjeux environnementaux ont de nombreuses fois fait les manchettes ces deux dernières années, l’autrice et comédienne s’est vite trouvée ensevelie sous les informations. «Je n’étais plus capable de suivre!». Sa question d’enquête, «Pourquoi malgré la situation actuelle de l’environnement ne sommes-nous pas capables de faire les changements nécessaires?» lui a servi de bouée. «Au final, ça parle plus de notre inaction que des climatosceptiques», constate-t-elle.

«Entre autres» en répétition

Distance nécessaire

Marianne Bluteau a travaillé sur les traces latentes du catholicisme au Québec et sur la manière dont elles influencent nos décisions, individuelles et collectives. «Étonnamment, ce ne sont pas les gens qui sont près du catholicisme qui sont les mieux placés pour nous renseigner», observe celle qui a trouvé plusieurs réponses intéressantes auprès de Mohamed Labidi, l’ancien président du Centre culturel islamiste de Québec.

Sans se reconnaître dans le catholicisme, la comédienne a constaté que certaines dynamiques, comme le besoin de créer des communautés tissées serrées, des cocons pour se protéger des l’extérieur, pouvaient expliquer l’émergence du mouvement anti-migration, la quatrième thématique abordée dans Entre autres.

«Entre autres» en répétition

«On s’est rendu compte que les liens entre les thèmes se faisaient d’eux-mêmes, sans qu’on ait besoin de les forcer», indique le trio. Après avoir fait des entrevues et écrit le texte, ils devront maintenant incarner certains de ceux qu’ils ont rencontrés — et qui seront peut-être dans la salle.

«Il fallait se demander comment jouer ces gens-là sur scène, avec respect», indique Blanche Gionet-Lavigne. «Si on ne fait rien pour les caractériser, on perd l’occasion de créer une dynamique, de faire du théâtre», ajoute Marianne Bluteau, qui campera entre autres Patrick Beaudry, fondateur de la Meute, un contre-emploi prometteur, si on en juge par les sourires de ses acolytes.

Les trois auteurs susmentionnées et leurs acolytes Laura Amar, Michel Bertrand, Étienne d’Anjou et Vincent Massé-Gagné (sous l’égide d’Alexandre Fecteau) avaient donc le double défi de conserver une certaine neutralité, pour être vraiment à l’écoute de l’autre, tout en présentant la diversité des points de vue de manière dynamique. Il faudra les rejoindre dans l’arène du 30 avril au 11 mai pour voir s’ils ont réussi leur pari. Entre autres est une coproduction du Collectif Nous sommes ici et du Collectif Wolfe. Info

Vincent Massé-Gagné, Marianne Bluteau, Michel Bertrand, Laura Amar, Blanche Gionet-Lavigne et Vincent Legault