Normand Daneau

En rafale: 4 questions à Normand Daneau

«Les sept branches de la rivière Ota» a changé la vie de Normand Daneau, tant sur le plan professionnel que personnel. D’abord assistant à la mise en scène de Robert Lepage, il se joint ensuite à la distribution et à l’écriture. Pendant cinq ans, l’acteur parcourra la planète avec la pièce. Ce qui change la trajectoire de son parcours : il devient un régulier du grand et du petit écran — notamment la série-culte «La vie, la vie». Aujourd’hui, l’homme de 50 ans se consacre surtout à la scénarisation, avec beaucoup de succès (la série «The Disappereance» a été vendue dans 125 pays). Le Soleil s’est entretenu avec l’artiste originaire de Québec pour discuter de son odyssée.

1 Tu es acteur dans la capitale au début des années 1990, avec ta propre compagnie [Les moutons noirs]. Comment t’es-tu retrouvé associé à la création de la pièce?

R C’était à l’époque où on faisait les trois Shakespeare avec Robert [Macbeth, Coriolan et La tempête, 1992]. La première année [des Sept branches...] était rocambolesque. On devait faire une répétition publique au théâtre du Conservatoire [d’art dramatique de Québec]. J’étais à la régie, on avait seulement fait une moitié de générale technique avant l’arrivée des spectateurs. Robert m’a dit : «ben, tu connais le reste du show. Tu iras su’a gueule.» (rires) […] La première mondiale, de trois heures et demie, à Édimbourg, a été une catastrophe monumentale. On n’était pas prêt et on s’est fait varloper par la critique. Robert s’en badrait pas : «l’an prochain, notre cinq heures va être écœurant.» Avec raison. On est retourné en Angleterre et là, ç’a été un hit monumental. Et ce n’était même pas la version finale de sept heures, qu’on a jouée l’année suivante au National Theater [de Londres]. Où Robert nous demandait encore d’improviser le soir de la première (rires). Il n’y a pas une ville qui a vu le même spectacle. C’était tout croche au début et c’est devenu un show-culte. Ça a été une aventure fascinante.

2 Qu’est-ce que ça t’a appris sur le métier, justement?

R L’autonomie. […] Pour lui, le théâtre, c’est être en danger. Une fois que t’as vécu ça et que ça devient la norme, jouer La mouette [de Tchekhov] pendant un mois sans changer une virgule, tu t’ennuies. […] Dès le départ [des Sept branches…], on savait qu’on allait aboutir à une version de sept heures, qu’allait faire grandir le show de l’intérieur. On était constamment en réflexion, même quand on jouait. On prenait des notes mentales.

3 Donc, ça a été une étape déterminante de ta carrière. Dans quelle mesure?

R Excellente question! Le privilège de travailler avec Robert m’a apporté des choses qui me suivent encore beaucoup. Sa méthode de création, je la mets encore en pratique [comme scénariste]. De me creuser la tête, travailler de longues heures pour polir le diamant… Robert t’apprend une grande rigueur dans le travail, mais toujours dans le plaisir. Il est dévoué et on devient tous voués à trouver la patente, ce que j’appelle la méthode Robert, qui est très enivrante. J’appris à créer à travers lui. Et aussi à ne pas avoir peur de se mouiller — il n’a peur de rien. Ce qui compte, ultimement, c’est la qualité de la production. […] Je lui serai toujours reconnaissant de m’avoir appris tout ça. […] Dans les 15 dernières années, j’étais surtout acteur [Unité 9, notamment]. J’aimais ça, mais il me manquait quelque chose, qui était de l’ordre de la création. J’ai retrouvé ça en étant plutôt scénariste maintenant. Je réalise à quel point ça me manquait d’être à l’origine des projets. Ça me satisfait énormément.

4 Quel est ton plus beau souvenir à propos des Sept branches de la rivière Ota?

R Il y en a tellement. C’est quand même cinq ans de ma vie. Je pourrais te raconter une tonne d’anecdotes à ce propos. L’ensemble de l’aventure a été enivrante : le show était un constant laboratoire. Mais il y a eu un aboutissement à tout ça.