Présentée au Périscope jusqu’au 16 novembre, la pièce «Dévoré(s)» de Jean-Denis Beaudoin nous convie à une fête d’Halloween pour le moins tordue.

«Dévoré(s)»: la télé me regarde...

CRITIQUE / «La télé me regarde», ont chanté les Vulgaires Machins sur l’album «Compter les corps»… Voilà deux titres qu’aurait pu emprunter Jean-Denis Beaudoin pour sa pièce dite «horrifique» «Dévoré(s)», qui s’est installée au Périscope juste à temps pour l’Halloween.

Loin de la joie de la course aux friandises, c’est justement cette fête que les personnages imaginés par Beaudoin vont célébrer d’une bien malsaine manière et en fort douteuse compagnie. Ils vivent à une époque où le monde extérieur représente une menace et où des êtres effrayants rôdent dans le voisinage… Mieux vaut donc se cloîtrer devant la télé. Voilà qui tombe bien, puisque le 31 octobre est désormais prétexte à organiser un jeu de téléréalité où les participants gagneront gros s’ils réussissent à capter l’attention du plus grand nombre, peu importe comment : «l’an dernier, ça s’est terminé dans un bain de sang», fera remarquer l’un d’eux. On voit le genre…

Ici, une mère prête à tout pour gagner (Lise Castonguay); son fils paralysé par l’anxiété (Mathieu Richard); la copine de celui-ci (Ariane Bellavance-Fafard), peut-être la seule qui n’a pas encore perdu l’équilibre; un ami qui n’est plus l’ombre de lui-même (Dayne Simard) et qui emmènera un autre ami, blafard et inquiétant (Jean-Denis Beaudoin). Il y a surtout ce livreur de lait tout aussi pâle, aussi sinistre que truculent (Hugues Frenette), bien déterminé à s’incruster. La table est mise pour une soirée où personne — sur scène, du moins — ne sortira indemne.

Les codes du cinéma d’horreur 

Dans la «boîte noire» du théâtre du Périscope, une maison de contreplaqué aux fenêtres barricadées a été érigée. Elle servira bientôt de surface de projection quand la vidéo sera habilement mise à profit. Et elle en verra de toutes les couleurs dans cette pièce mise en scène par Jocelyn Pelletier, qui pige dans les codes du cinéma d’horreur : une trame sonore efficace signée Christophe Dubé, quelques éléments qui font sursauter (la célèbre technique du jump scare) et des effets spéciaux conçus par Guillaume Perreault qui ajoutent un aspect gore quand vient le temps de répandre théâtralement des fluides corporels. De quoi faire plus rire que peur. Quoique c’est souvent la réaction que ce genre d’imagerie provoque dans le public. 

À la fois touffue dans la symbolique, mais au rythme souvent trop lent, la pièce Dévoré(s) touche la cible à moitié. Au fil des rondes de téléréalité qui se multiplient et des tirades rituelles, prières malfaisantes et ritournelle obsédante qui s’accumulent, on peut en venir à trouver le temps long.  

Il faut saluer l’idée d’avoir mis le public dans le coup en lui faisant jouer le rôle des téléspectateurs de la téléréalité de Dévoré(s). Mais est-ce nécessaire de lui brûler la rétine par un abus d’éclairages qui aveuglent (ces fameux blinders...)? Si l’objectif était de créer de l’inconfort, c’est réussi. 

La pièce Dévoré(s) est présentée au Périscope jusqu’au 16 novembre. La représentation du 31 octobre sera suivie d’un bal électro. À vos masques...