Mayi-Eder Inchauspé, directrice de l'administration et des ressources humaines d'ESPACE GO, Micheline Chevrier, directrice artistique et générale, Nathalie Maillé, directrice générale du Conseil des arts de Montréal, Marie-Ève Milot, codirectrice artistique du Théâtre de l'Affamée et représentante des F.E.T., Ginette Noiseux, directrice générale et artistique d'ESPACE GO et Elkahna Talbi, autrice, poétesse et comédienne

Des pistes de solution pour accroître la place des femmes au théâtre

Le Chantier féministe 2019 portant sur la place des femmes en théâtre a dévoilé son rapport mardi matin à Montréal, assorti de recommandations pour atteindre la parité et faire tomber «le rideau de verre».

Les auteures et les metteures en scène sont confrontées à des inégalités criantes qui perdurent entre les femmes et les hommes, ressort-il du rapport.

Les pistes de solutions dégagées sont issues d’un événement ayant rassemblé près de 1000 participants au Théâtre Espace Go en avril dernier, pendant une semaine entière.

Il partait notamment de ce constat : de 2012 à 2017, des 151 pièces qui ont été présentées sur les scènes francophones à Montréal et à Québec, seulement 19 % des textes et 19 % des mises en scène avaient été confiées à des femmes.

Pour atteindre la parité dans le milieu théâtral québécois, le comité de direction a mis en lumière ces suggestions : la création de comités-conseil féministes au sein des différents conseils des arts, la création d’outils statistiques sur le genre et la parité hommes-femmes et la redistribution du financement public — notamment par l’application de quotas paritaires, l’utilisation de la parité comme critère d’évaluation lors de l’attribution des fonds publics et un rattrapage historique.

«On ne veut pas qu’elles [les femmes] soient financées parce qu’elles sont des femmes. Mais parce qu’elles sont des femmes, elles sont moins financées», a illustré Ginette Noiseux, la directrice générale et artistique d’Espace Go. «Il faut leur donner les moyens.»

Le rapport recommande aussi la création de prix soulignant les réalisations des créatrices en théâtre et la réforme des prix existants. Actuellement, un seul prix sur neuf porte le nom d’une femme de théâtre, soit le prix Denise-Pelletier.

«Ce rapport se veut une référence et une source d’inspiration pour toutes les femmes qui se battent pour la parité au théâtre», a déclaré Mayi-Eder Inchauspé, directrice de l’administration et des ressources humaines d’Espace Go, lors du point de presse tenu au théâtre à Montréal.

Sous-représentées

Et afin de dresser le portrait actuel de la situation au Québec, de nouvelles statistiques ont été compilées pour le Chantier féministe.

«Quel que soit l’angle sous lequel sont regardées les données, les femmes continuent d’être largement sous-représentées dans l’espace de la création théâtrale des scènes montréalaises et québécoises francophones», a souligné Marie-Ève Milot, codirectrice artistique du Théâtre de l’Affamée et représentante des Femmes pour l’équité en théâtre (F.E.T.).

Pour les saisons 2017-2018 et 2018-2019, elles ne sont responsables que de 37 % des textes et de 33 % des mises en scène. Si ces pourcentages semblent meilleurs que les précédents, les statistiques révèlent toutefois que les femmes sont confinées aux petites salles où elles doivent majoritairement s’autoproduire, avec peu de moyens financiers et peu de ressources humaines pour créer.

Il s’agit d’une amélioration, mais on ne parle pas de parité, précise Mme Milot, qui estime que des mesures radicales sont requises pour que le théâtre reflète mieux la société.

Il faut que tous et toutes passent à l’action pour qu’il ne revienne pas juste aux auteures et aux autres artistes du milieu théâtral de «briser le rideau de verre».

Lors de la conférence de presse, un nouveau prix a été annoncé, soit le prix Jovette-Marchessault, pour souligner la contribution importante de femmes artistes en théâtre. Assorti d’une bourse de 20 000 $, il porte le nom de cette romancière, poète, dramaturge, peintre et sculptrice montréalaise, qui a vécu de 1938 à 2012. La première lauréate sera connue en mai 2020.

Le Chantier féministe a été organisé par l’Espace Go en collaboration avec le mouvement des Femmes pour l’équité en théâtre (F.E.T.).