Dans un environnement en clair-obscur, les mouvements sont limités, mais bien calculés. Delphine de Vigan et La Grande Sophie captivent par leurs mots, certes, mais aussi par leur  présence et leur complicité.

Delphine de Vigan et La Grande Sophie, soeurs de mots

CRITIQUE / La collaboration artistique entre l'auteure-compositrice-interprète La Grande Sophie et l'écrivaine Delphine de Vigan était écrite dans le ciel. Avec L'une et l'autre, les deux artistes françaises ont imaginé une lecture musicale où leurs univers se côtoient, se chevauchent, se marient. Un spectacle intime, fluide et d'une grande beauté, qui a ravi lundi un Théâtre Petit Champlain bondé.
Avec L'une et l'autre, La Grande Sophie et Delphine de Vigan ont élaboré une proposition épurée à souhait, où les mots sont rois, placés dans un écrin scénique élaboré avec le scénographe Éric Soyer, proche collaborateur du réputé metteur en scène Joël Pommerat. L'une a signé sept romans, l'autre sept albums. L'une passe d'un bouquin à l'autre et met en exergue des extraits avec beaucoup de naturel. L'autre saisit la guitare ou livre des chansons a cappella. Dans un environnement en clair-obscur, les mouvements sont limités, mais bien calculés. Et les deux femmes captivent par leurs mots, certes, mais aussi par leur présence et leur complicité. 
Échanger les rôles
Tout au long du spectacle, les deux artistes s'écoutent et se répondent, s'accompagnent et se complètent. Elles se plaisent aussi à brouiller un peu les cartes en échangeant les rôles. Comme lorsque La Grande Sophie saisit un livre pour devenir lectrice ou que Delphine de Vigan déclame les vers d'une chanson ou joue elle-même à la chanteuse en mêlant sa voix à celle de sa consoeur : dans une pétillante livraison de Ringo Starr, par exemple, ou dans Osez Joséphine, clin d'oeil à Bashung à qui elle a emprunté le titre de son roman Rien ne s'oppose à la nuit
À la fois sensible et un peu fragile, mais aussi drôle et un brin frondeuse à ses heures, la rencontre orchestrée par un festival littéraire français ne devait à l'origine durer qu'un soir. La chimie a tant opéré que les deux complices ont eu la bonne idée de monter une tournée qui a fait escale à Montréal vendredi et à Québec lundi. Une visite plutôt rare, chaleureusement accueillie par un public on ne peut plus attentif. S'il y avait eu une mouche dans l'enceinte du théâtre, on aurait certainement pu l'entendre voler tant la qualité d'écoute était grande. En cette soirée particulièrement chaude, c'est plutôt la rumeur de la rue qui s'est parfois invitée à travers la fameuse porte rouge qui fait tant courir les touristes coréens depuis qu'elle a été immortalisée dans une série télé. Un silence rompu par une enthousiaste ovation en fin de parcours.