Choc de mot, choc de corps, Dans la solitude des champs de coton prend des airs de joute oratoire impitoyable. Sébastien Ricard et Hugues Frenette s’affrontent dans un espace rectangulaire, les spectateurs disposés de part et d’autre de leur terrain de jeu­­­­. Leur prestation sans compromis force l’admiration.

«Dans la solitude des champs de coton»: costaud duel d’acteurs

CRITIQUE / La Caserne Dalhousie accueille ces jours-ci un costaud duel d’acteurs. Sous la houlette de la metteure en scène Brigitte Haentjens, Hugues Frenette et Sébastien Ricard plongent dans l’arène et mordent à belles dents dans le texte Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès. Choc de mots, choc de corps… Leur prestation sans compromis force l’admiration.

Pour le public, l’expérience commence dès l’entrée dans la salle, au sol recouvert de gravier et au centre de laquelle trône une sorte de cage rougeâtre, qui se soulèvera au moment opportun pour laisser entrer les spectateurs. On a songé un moment à la grille qui encercle les rings de combats extrêmes. Et on n’était au final pas très loin du compte avec ce spectacle qui prend des airs de joute oratoire impitoyable. Frenette et Ricard s’affrontent dans un espace rectangulaire, les spectateurs disposés de part et d’autre de leur terrain de jeu. Celui-ci aurait tout aussi bien pu être octogonal tant le combat de mots sera intense. De vrais Georges St-Pierre du verbe, tiens!

On assiste dans cette pièce de Koltès à une rencontre fortuite entre deux inconnus. L’un (Frenette) a quelque chose à vendre, mais nous ne saurons pas quoi. L’autre (Ricard) caresse un désir qu’il ne dévoilera pas davantage. S’ouvre alors un fiévreux marchandage autour de cette potentielle transaction, mais où il sera question de bien plus.

Ballet tendu

Cette négociation à la fois musclée et impressionniste se déploie sur scène dans un travail sur la gestuelle très évocateur. Frenette et Ricard s’adonnent à une sorte de ballet tendu et savamment chorégraphié. Selon l’évolution de la lutte de pouvoir (et de qui détient l’avantage à un moment précis), ils s’évaluent, se toisent, deviennent le miroir l’un de l’autre, demeurent immobiles ou s’agitent frénétiquement, se replient, se vautrent, se pourchassent, s’attaquent. Et surtout, ils parlent : ils se questionnent, débattent, se confient, se provoquent…

Les répliques de Koltès sont longues, denses, touffues, jonchées d’images animalières et truffées de détours. Elles demandent un entraînement quasi athlétique. Pour les acteurs, le défi est immense. Et pour le public, c’est beaucoup à absorber. Disons-le, personne ici ne doit s’attendre à de la facilité. Et la finale, percutante, a de quoi laisser tout le monde le souffle court.

Inscrite à la programmation du Carrefour international de théâtre, la pièce Dans la solitude des champs de coton est présentée à la Caserne Dalhousie jusqu’à dimanche.