Affublée d’un costume de latex misant sur le réalisme, la comédienne Mary-Lee Picknell joue le... pénis de Tom (Tom Thibault).

«Conversations avec mon pénis»: un homme et son organe

CRITIQUE / Après «Les monologues du vagin», c’est au tour du sexe masculin de trouver une voix au théâtre. Présentée à Premier Acte depuis mardi, la pièce «Conversations avec mon pénis» offre une plongée dans l’absurde — et dans les bobettes d’un dénommé Tom — pour aborder des questions bien réelles. De la matière à quelques rires gras, certes, mais une proposition bien moins légère qu’elle en a l’air.

En conviant un pénis sur les planches, les créateurs de ce spectacle déniché en Nouvelle-Zélande et adapté ici par Marc-André Thibault ne font pas dans la subtilité ni dans la suggestion. Aussi dégourdi que circoncis — un traumatisme décrié avec véhémence —, l’organe en question est un personnage à part entière. Affublée d’un costume de latex misant sur le réalisme, la comédienne Mary-Lee Picknell se mesure à ce rôle de composition. L’effet est plutôt saisissant. 

Dès le départ, on nous présente Tom (Thibault) et son pénis comme des colocs inséparables (c’est le moins qu’on puisse dire). Nous sommes témoins de l’évolution de leur relation, des premières caresses en solitaire à ce moment où une certaine pilule bleue devient nécessaire pour remonter le moral des troupes. 

Pendant tout ce temps, l’homme et l’organe discutent comme de vieux amis, s’encouragent, se colletaillent, négocient. Parce que s’ils sont inexorablement liés, ils ont aussi chacun leurs intérêts. Et ils sont bien sûr condamnés à s’entendre... 

Humours et complexes

Il est forcément beaucoup question de sexe dans cette pièce signée par Dean Hewison : difficile de l’éviter lorsque la moitié des protagonistes est un pénis de 5 pieds 8 pouces… 

Mais outre quelques segments plus crus, on ne mise pas ici sur la vulgarité. C’est fait dans un esprit plutôt bon enfant, voire avec une certaine dose d’esprit de bottine. Et ça fonctionne parce que l’effet comique est indéniable, mais surtout parce qu’il s’ancre dans un discours qui va plus loin que les histoires de cul. 

Sous la rigolade, il est beaucoup question de complexes ou d’insécurités (sur la taille, les performances, l’orientation sexuelle), de responsabilité quand ça dérape (entre la tête et le sexe, qui mène en situation de faiblesse ou de tentation?), de vulnérabilité quand des soucis de santé se pointent…

Dans une adaptation vive et franchement efficace, le duo Thibault-Picknell s’avère redoutable de complicité et de drôlerie. Chapeau, surtout, à la deuxième, qui y va à fond dans ce personnage au final très attachant. 

Au sens figuré, ça prenait déjà des couilles pour enfiler ce costume ridicule et monter sur scène. Il fallait aussi beaucoup de talent pour malgré tout faire oublier ledit accoutrement et se démarquer par sa performance d’actrice. Mary-Lee Picknell prouve ici qu’elle est très bien pourvue dans les deux départements. 

La pièce Conversations avec mon pénis est présentée à Premier Acte jusqu’au 3 mars.