Les comédiens Christian Michaud et Valérie Laroche se livrent à un ballet théâtral tout en finesse et savamment chorégraphié dans la pièce Constellations de Nick Payne.

Constellations: et si, et si, et si...

CRITIQUE / En appliquant des principes de physique quantique à l'écriture dramaturgique, le Britannique Nick Payne a créé un petit phénomène théâtral avec la pièce Constellations. Voilà que le spectacle se pose - ou plutôt s'éclate - à Québec, sous la lentille du metteur en scène Jean-Philippe Joubert. Portée par deux interprètes impeccables de précision, cette relecture se déploie dans un ballet qui en impose par sa rigueur, mais qui se démarque par sa drôlerie et son humanité.
Le point de départ de cette pièce ne pourrait être plus simple: une femme, Marianne (Valérie Laroche) rencontre un homme, Philippe (Christiand Michaud), dans une soirée barbecue. C'est plutôt la destination ainsi que les chemins pour s'y rendre qui seront multiples. 
Constellations s'intéresse aux choix que nous faisons à chaque instant de notre vie et braque les projecteurs sur la multitude de répercussions que d'autres choix auraient pu causer. Dans ce que le metteur en scène Jean-Philippe Joubert décrit comme un «kaléidoscope de possibles», une flopée de petits univers parallèles cohabitent sur scène. On ne parle pas de grandes révolutions dans cette pièce qui reste dans le registre de l'intime, mais de tous ces petits changements qui peuvent affecter la relation d'un couple dans sa vie de tous les jours. 
Dans ce spectacle savamment chorégraphié, les scénarios (plus d'une quarantaine en un peu plus d'une heure) s'enchevêtrent et s'entrecoupent. Peut-être que Philippe a déjà une blonde ou qu'il sort d'une relation et qu'il repoussera l'approche de Valérie. Ou peut-être qu'il se montrera intéressé. Peut-être qu'ils passeront la nuit ensemble après leur premier rendez-vous. Peut-être que non. Philippe pourrait demander sa belle en mariage. Elle dira peut-être oui... on non. Peut-être qu'ils seront infidèles. Ou que la maladie s'invitera dans leur quotidien. Peut-être seront-ils sereins. Peut-être pas. 
Prisme d'émotions
Évoluant sur un plateau circulaire épuré, sans décor et avec très peu d'accessoires, les comédiens doivent constamment se retourner sur un 10 ¢ alors que les versions de leurs personnages respectifs se dédoublent, se décalent et se multiplient à travers tout un prisme d'émotions et de réactions. 
On passe du nonchalant au violent, du rigolo au tragique. Les transitions sont à la fois subtiles et franches, marquées parfois par quelques notes de musique ou des effets d'éclairage. La mécanique aurait pu ici prendre toute la place. Mais par l'humanité du texte et la justesse du jeu des acteurs, Constellations réussit à s'adresser au coeur. Dans cette proposition qui repose entièrement sur la finesse et les nuances, Valérie Laroche et Christian Michaud s'en tirent admirablement bien. 
Constellations est présenté au Trident jusqu'au 2 avril.