La metteure en scène Véronika Makdissi-Warren
La metteure en scène Véronika Makdissi-Warren

Cinq questions à... Véronika Makdissi-Warren

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
En 2015, le temps d’une soirée carte blanche présentée au Cercle, la comédienne et metteure en scène Véronika Makdissi-Warren avait eu l’idée de confier à des comédiens d’âge mûr des textes généralement portés par de jeunes interprètes. Avec CHSLD — pour Centre d’humbles survivants légèrement détraqués —, voilà qu’elle inverse une nouvelle fois les rôles en laissant des plus jeunes se glisser dans la peau d’aînés aux fins d’une incursion clownesque dans une résidence pour personnes âgées.

1 Vous dites vous-même préférer dire le titre du spectacle au long parce que l’acronyme CHSLD est un peu «tristounet». Vous y trouvez quand même matière à rire?

On le traite de façon très humaine, mais on rigole. Pas des vieux, mais avec eux. […] C’est la vie qui continue et on va tous passer par là. Il y a là quelque chose de profondément humain. Ce sont des êtres qui ont encore envie d’avoir des sensations, des sentiments envers quelqu’un d’autre. Il y a de belles histoires, aussi. On entend beaucoup parler, dans les nouvelles, des mauvaises histoires. Mais il y en a de belles. Et c’est ça que je veux montrer. Il n’y a rien de déprimant dans le spectacle. On rit. On peut pleurer un peu aussi… Mais on rit. C’est comme dans les films de Charlie Chaplin. Tu rigoles et soudainement, il y a quelque chose qui vient te prendre au cœur parce que c’est la vie et que ça nous ramène à nos propres histoires. 

2 CHSLD est-il un spectacle muet?

Il y a quelques paroles, mais il n’y a pas beaucoup de texte. Il y a beaucoup plus de didascalies dans nos documents! C’est du jeu physique, c’est vraiment du comique de situation. […] C’est de voir cette vie commune obligée qui ressemble un peu à une cour d’école. Il y a les petits jeux, les petites jalousies… Mais en même temps, il y a l’entraide qui peut se faire dans un moment difficile. Ce n’est pas loin de l’enfance et c’est pour ça aussi que ce n’est pas loin du clown. Le clown, c’est très naïf. 

3 Dans quelle mesure vous êtes-vous documentée dans de vrais CHSLD?

J’ai un papa qui est dans une résidence depuis plusieurs années. Et oui, je suis allée voir mon oncle et ma tante. Ce sont des choses qui me restent. Je n’y suis pas allée en me disant : «Qu’est-ce que je pourrais mettre en scène?» Ce sont plutôt des sensations, des souvenirs, des impressions. En même temps, on le sait ce qui se passe dans un CHSLD : il faut qu’ils prennent leurs pilules, qu’ils mangent, qu’ils aillent aux toilettes. Cette routine-là, je l’utilise. C’est de prendre le vrai et de le rendre plus théâtral. On s’attache à eux. Le décor est fait pour que ce soit eux les vedettes. On ne voit pas ça souvent, des personnes âgées vedettes d’un spectacle. Et on a notre préposé, aussi. C’est notre maître de piste. C’est le Monsieur Loyal du cirque. Il déménage tout, il les fait bouger. Tous les événements passent par lui. Le monde extérieur aussi. Parce que les autres personnages sont confinés à leur salon. 

4 Qu’est-ce qui vous plaît dans le langage clownesque?

J’aime comment les procédés comiques qui sont utilisés depuis belle lurette sont encore drôles aujourd’hui. Ce sont les mêmes procédés qu’on traficote d’une autre façon et on est encore surpris. Quand il y a en plus une petite cascade ou une chose qui nous fait dire : «Mon Dieu, comment ils ont fait ça?» moi, ça m’allume comme spectateur. Je redeviens comme un enfant. J’aime la magie du théâtre faite maison : des effets produits par les acteurs, pas par une vidéo, par exemple. Pour moi, c’est ça la force du théâtre, quand un acteur fait jaillir une image qui, tout d’un coup, devient très claire. Et j’aime être surprise et rigoler au théâtre. Je dis souvent que les comédiens sont des funambules. La ligne [qu’on peut traverser et] devenir trop grossiers ou caricaturaux est mince. On se promène entre la comédie et le drame constamment. J’adore avoir plein de sensations. Pas juste me dire : «Je vais voir une comédie». J’aime ressortir et avoir quelque chose qui continue chez moi.

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Quoi: Centre d’humbles survivants légèrement détraqués (CHSLD)
  • Quand: 24 octobre au 18 novembre
  • : La Bordée
  • Billets: 38 $
  • Info: bordee.qc.ca

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