Le metteur en scène Lucien Ratio

Cinq questions à Lucien Ratio

Une revue de l’année made in Québec, pensée pour le grand public, mais qui n’épargne personne… Présenté depuis 2014 par le Théâtre du temps qui s’arrête, le Beu-Bye s’inscrit désormais dans les traditions du temps des Fêtes de la capitale. La troupe pilotée par Lucien Ratio, qui signe la mise en scène et la script-édition, récidivera dès vendredi sur la scène de La Bordée.

Pour les besoins de la cause, le noyau d’auteurs que Ratio forme avec Jean-Philippe Côté et Philippe Durocher est allé chercher des plumes en renfort. Et pas les moindres! Marc Auger, Joëlle Bond, Isabelle Hubert, Robert Lepage, Jocelyn Pelletier et Pascale Renaud-Hébert ont ainsi contribué à passer 2017 dans le tordeur. 

1  L’année a commencé dans la violence à Québec. Avez-vous trouvé un moyen d’aborder l’attentat de la grande mosquée dans votre concept humoristique?

On l’aborde. Mais d’une manière respectueuse. On est plus dans l’hommage aux victimes que dans l’idée de faire un sketch drôle. On trouvait que c’était important d’en parler, mais c’est tellement frais, encore… C’est arrivé tout près, à des gens de Québec. S’il y a une manière d’en rire, on ne l’a pas vue. 

2  Ce ne sont pas les sujets chauds qui ont manqué en 2017. C’est un défi pour les auteurs?

On s’est interrogé beaucoup. Les questions d’immigration sont difficiles à traiter en ce moment. Il faut trouver le bon angle pour en parler. Ce n’est pas banal de parler d’un sujet aussi important sur scène. Ça demande de la réflexion et du respect. Même entre nous, je pense qu’on nourrit nos ouvertures et nos barrières. C’est pour ça que c’est le fun d’être plusieurs à l’écriture de ce show-là. On est très sensible aux réactions des autres devant certains sketchs. […] Il y a ce mouvement de droite radicale qui monte. Et ça se trouve à toucher un peu tous les sujets. On ne veut pas s’en servir comme d’une toile de fond. Mais c’était étonnant de relire les textes. On s’est dit : “Ouais, il s’est passé quelque chose cette année”. Il y a eu cette montée qui est latente, qui est palpable… Et qui, personnellement, me fait peur. Notre devoir, c’est aussi de parler de ces trucs-là de manière ludique. 

3  Par où saisissez-vous ces sujets sensibles, justement?

Dans les affaires Rozon et Salvail, par exemple, on s’est rendu compte que souvent, les personnes qui commettent des actes comme ça, on n’a pas envie de les entendre sur scène. Il faut trouver un moyen de les mettre dans une enveloppe qui va être assez drôle ou de les entourer d’autres personnages qui eux, sont drôles. Et c’est souvent là que ressort notre opinion. Quand on ne trouve pas de gag sur un sujet, on peut juste parler de ce qu’on ressent et de ce qu’on entend autour de nous. Rozon et Salvail, ça n’a pas été des vagues d’amour. Ça, on le ressent quand on écrit un show, ça nous nourrit.

4  L’actualité ne se plie pas à vos délais de productions. Jusqu’à quand vous permettez-vous d’inclure de nouveaux sujets dans le spectacle?

On a une contrainte de livrer un spectacle à telle date. Il faut quand même que les comédiens aient le temps de répéter. Il y a une aisance, surtout en comédie, qu’il faut avoir. On se garde quand même une certaine flexibilité pour ajouter des choses… Mais si cette semaine pouvait être relaxe, ça serait bien!

5  Qu’est-ce que ça fait de voir le Beu-Bye s’imposer peu à peu comme une tradition à Québec?

On est content parce que si on ne le faisait pas, il n’y en aurait pas de revue de l’année faite ici. Nous, on le fait parce qu’on aime ça, mais aussi parce qu’on trouvait que ça manquait dans une capitale comme Québec. Et il y a des sujets qui sont typiquement de Québec. On a un numéro sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire. C’est plus facile d’en parler, c’est à côté. Et nos numéros sur Régis Labeaume ne seraient pas aussi drôles s’ils venaient de Montréal… Cette année, avec les élections municipales, il y a Jean-François Gosselin qui est arrivé et qui a été assez surprenant. C’est bon pour nous. 

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Quoi: Beu-Bye 17
  • Quand: 15 au 30 décembre 
  • : La Bordée
  • Billets: 30 $
  • Info: bordee.qc.ca

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LE MEILLEUR DES CONTES À PASSER LE TEMPS

Voilà un autre rendez-vous qui s’est inscrit dans la tradition de Noël à Québec. Pour une septième année, Les contes à passer le temps de la compagnie La vierge folle investiront les voûtes de la Maison Chevalier avec leurs récits ancrées dans divers lieux de la capitale. Maxime Robin signe la mise en scène de ce spectacle qui se déploie cette année en formule anniversaire, qui se veut un «best of» des six premières moutures. Les récits d’Érika Soucy, de Jean-Michel Girouard, de Lorraine Côté, de Maxime Robin et de Sophie Grenier-Héroux trouveront donc une nouvelle vie sur scène. En prime, les gourmands pourront comme c’est la coutume se sucrer le bec en visitant le toujours apprécié comptoir à desserts.  Du 15 au 30 décembre à la Maison Chevalier

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REELS ET TRADITIONS POUR LES TOUT-PETITS

L’heure est à la fête ces jours-ci au théâtre jeunesse Les  Gros Becs. Et on y célèbre comme dans le bon vieux temps en s’immergeant dans Le loup de Noël, un conte signé Claude Aubry et mis en scène par Edgar Bori. Sous les bons soins du comédien Stéphan Côté, les spectateurs âgés de 5 ans et plus sont plongés dans l’ambiance d’un Noël d’antan, alors qu’ils suivent l’aventure d’un vieux loup affamé se laissant attirer par les lumières d’une église un soir de réveillon. Le tout prend vie en musique avec les reels et turlutes du groupe traditionnel Bon débarras.  Jusqu’au 17 décembre aux Gros Becs

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CABARET POLITIQUE AU PETIT CHAMPLAIN

Salut 2017 : Cabaret politique et bouffonneries.

Avec la fin d’année se multiplient forcément les bilans. Juste avant l’incontournable Bye-Bye télévisé, le Théâtre Petit Champlain s’offre Salut 2017 : Cabaret politique et bouffonneries. Signée par Philippe Lemieux et mise en scène par Marie France-Fournier, cette revue qu’on annonce grinçante et corrosive a été créée à Montréal et est portée par six jeunes comédiens : Alexis Gareau, Philippe Lemieux, Guillaume Regaudie, Pier-Anne Cloutier, Lilà Paquette Mourmant et Gabrielle Fontaine termineront l’année sur les planches, dans une proposition qu’ils promettent «politiquement incorrecte».  Les 29 et 30 décembre Théâtre Petit Champlain