Carrefour international de théâtre: la vie, la bouffe, le sexe... et la revanche

Au Carrefour international de théâtre, c'est «jamais deux sans trois» : après une double annulation de la pièce Murmures des murs en 2015 et en 2016, le festival tente une nouvelle fois sa chance. À moins que la malédiction ne se reproduise une troisième fois, le spectacle de Victoria Thierrée-Chaplin sera présenté du 2 au 4 juin.
Il y a deux ans, une blessure subie par l'interprète Aurélia Thierrée lors de la première avait forcé l'annulation des représentations de Murmures des murs. L'an dernier, une grève dans le secteur des transports en France avait empêché la pièce, dans laquelle Thierrée se fait à la fois mime, danseuse, acrobate, marionnettiste et illusionniste, de voyager jusqu'à nous. Une tournée en sol nord-­­­américain a rouvert une fenêtre et la directrice artistique du Carrefour, Marie Gignac, a saisi l'occasion de s'offrir une revanche... En espérant que cette fois sera la bonne. «C'est la troisième fois qu'on le programme. J'espère que ça ne sera pas la troisième fois qu'on l'annule!» a-t-elle rigolé mardi en dévoilant la programmation du festival, qui investira les théâtres de la capitale du 25 mai au 10 juin. 
Liées par de «grandes préoccupations humaines» (la vie, l'amour, la mort, le sexe, la bouffe et l'art traversent la programmation du 18e Carrefour), huit oeuvres s'ajoutent ainsi aux trois pièces déjà annoncées : La fureur de ce que je pense (31 mai), d'après les écrits de Nelly Arcan, l'adaptation théâtrale du film Le déclin de l'empire américain (8 au 10 juin) et la fresque Des arbres à abattre, décrite par Marie Gignac comme le «chef d'oeuvre» du «maître» polonais Krystian Lupa (28 mai).
Venue de Rio de Janeiro, la pièce Et si elles y allaient, à Moscou? ouvrira la marche du 26 au 28 mai. Mêlant théâtre et vidéo, la proposition inspirée des Trois soeurs de Tchekhov et transposée dans le Brésil actuel divisera le public en deux espaces dans la Caserne Dalhousie. Pendant que les uns assisteront au spectacle vivant filmé par trois caméras, les autres visionneront la captation mixée en direct. Et les rôles seront inversés après l'entracte. «C'est un dispositif très original, très bien fait, avec beaucoup de finesse. Et les trois actrices sont absolument fabuleuses», avance Marie Gignac.
Présenté pendant les Chantiers du Carrefour l'an derniwer, Projet BBQ se voit cette année inclus dans la programmation officielle de l'événement. Ce spectacle déambulatoire mis en scène par Claude Breton-Potvin allie gastronomie et théâtre. Les mots de cinq auteurs de Québec (Joëlle Bond, Steve Gagnon, Isabelle Hubert, Anne-Marie Olivier et Érika Soucy) prendront vie dans cinq restaurants du quartier Saint-Roch, où des bouchées seront servies aux spectateurs. 
Jeunes et moins jeunes
Initié par le chorégraphe israélien Hillel Kogan, qui en signe aussi le texte et la mise en scène, We Love Arabs invitera les 30 et 31 mai une réflexion politique dans une représentation artistique, entre le théâtre et la danse. «Il explore avec un humour, une ironie et une autodérision absolument formidables les relations de pouvoir entre les Juifs et les Arabes qui vivent en Israël dans une cohabitation un peu tendue, mais avec les meilleures intentions du monde», résume Marie Gignac. 
Après avoir fait un tabac à Montréal, l'équipe Transthéâtre s'installe dans la capitale du 2 au 4 juin avec Table rase. Dans une mise en scène de Brigitte Poupart, la pièce donne la parole à six femmes dans la vingtaine qui profitent d'une fin de semaine bien arrosée dans un chalet pour passer un pacte. Décrit comme «très cru» par Marie Gignac, le texte de la pièce est né de véritables conversations entre les six comédiennes, devenues amies après s'être côtoyées au Conservatoire. 
D'un discours centré sur de jeunes adultes, le Carrefour amènera ses spectateurs à la rencontre de personnes âgées dans Nous voilà rendus de la compagnie gatinoise L'eau du bain. Cette proposition pluridisciplinaire sera recréée dans la capitale du 3 au 5 juin avec des locataires de la résidence Le Saint-Patrick. «Je peux déjà vous dire qu'ils ont des histoires tristes, drôles, déstabilisantes, émouvantes, socialement et historiquement pertinentes à partager avec vous. Ils sont magnifiques à voir danser et à entendre chanter» a avancé dans une vidéo de présentation la co-créatrice de l'oeuvre, Anne-Marie Ouellet. 
Jeu théâtral
À mi-chemin entre le spectacle et la conférence, Antoine Defoort promet d'étonner du 7 au 9 juin avec Un faible degré d'originalité, une oeuvre hybride ancrée dans la notion du droit d'auteur. Le Theatre Conspiracy de Vancouver proposera aussi une rencontre singulière avec la pièce participative Foreign Radical, présentée en anglais sans surtitres les 9 et 10 juin, en clôture du Carrefour. «Ce n'est pas un spectacle de théâtre au sens habituel du terme, mais plutôt un jeu théâtral», laisse entendre Marie Gignac à propos de cette création touchant, nous dit-on, à la liberté d'expression, à la protection de la vie privée à l'ère numérique et à la peur du terrorisme. 
Les passeports et les billets à l'unité (au coût de 49,50 $) pour le Carrefour international de théâtre seront mis en vente jeudi. Rappelons que le populaire parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant...? sera présenté dans toute nouvelle mouture sur la colline parlementaire les jeudis, vendredis et samedis du 25 mai au 10 juin. 
Détails et programmation complète au carrefourtheatre.qc.ca